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Le Renouveau Djiboutien   N°621
QUELQUES COMMENTAIRES SUR LE DISCOURS DU PRESIDENT OBAMA A ACCRA Par Ahmed Ibrahim Abdallah,      

QUELQUES Commentaires sur Le discours dU PRESIDENT OBAMA A Accra

Par Ahmed Ibrahim Abdallah,

Chef du Bureau du MRD en Amérique du Nord,

Ottawa, Canada

 

            “…A maintes et maintes reprises, il a été démontré que la bonne gouvernance et la société de droit sont le moteur du développement. Les sociétés qui font de ceci la règle de base au service de leur peuple sont celles qui prospèrent…», ces paroles font partie du discours historique du président Barak Obama des États-Unis d’Amérique, prononcé à Accra au Ghana le 11 Juillet 2009.

            Le président des États-Unis a mis l’Afrique devant sa réalité. Comme fils du continent, ayant un père Kenyan, il a dit aux Africains ce que seul un fils pourrait leur dire droit dans les yeux. «… Le Kenya, pays origine de mon père avait, au jour de son indépendance, un niveau de vie supérieur à celui de la Corée du Sud ; aujourd’hui, c’est cette dernière qui, par son aide internationale, nourrit des citoyens kenyans…». La vérité de cette déclaration est la pierre angulaire de la raison première pour laquelle le président Obama a fait du Ghana le premier et seul pays africain, juste 6 mois après son ascension à la présidence, qu’il visite au grand dam des géants du continent comme le Nigeria ou le pays de ses ancêtres paternels, le Kenya.

            Par ailleurs, le président Obama a fustigé les Africains sur la base de constats tous plus accablants les uns des autres. Il a mis en exergue une société en échec sur presque  tous les fronts. Il a soulevé bien sûr les conséquences d’un passé douloureux mais aussi a ajouté dans le même souffle qu’il est révolu le temps de pointer le doigt en arrière et vers les autres; il faut se regarder soi-même dans le miroir, a-t-il conclu. Il a pris des exemples tirés de la réalité africaine qui sont à la racine de la déliquescence et de la misère criante vécue partout sur le continent sub-saharien. Il a commencé son discours par souligner les bénéfices indiscutables de la bonne gouvernance et du bon ordre. Dans une allusion directe à Ismaël Omar Guelleh de Djibouti ou de Mamadou Tandja du Niger qui, à l’instar d’une bonne majorité de leurs pairs africains, en affront à toutes les règles de la démocratie et en violation de la lettre et de l’esprit de leurs constitutions, sont prêts à accaparer le pouvoir à n’importe quel prix, il a souligné que seuls ceux qui travaillent pour leur peuple, respectent leur opposition et honorent leurs anciens sont à la tête des sociétés qui s’épanouissent et prospèrent. Il a répété à plusieurs reprises que la séparation des pouvoirs, les limites des mandats, la justice indépendante, la presse libre et des institutions de l’État solides forment le cadre d’une société respectée et qui se respecte. Il n’a pas hésité à fustiger les potentats africains qui s’accrochent au pouvoir indéfiniment et qui règnent par la répression et la corruption. Il a dénoncé ceux qui s’enrichissent aux dépens de leur peuple et qui vivent dans l’opulence et la richesse outrancière et exagérée alors qu’une large partie de leurs concitoyens vivent dans la misère.

            Dans ce discours fleuve et historique, debout à côté du président démocratiquement élu du Ghana ainsi que de son prédécesseur, Obama a mis un exergue particulièrement le Kenya qui se sent snobé pour avoir fait comprendre au monde, sans ombrage et dès le soir de son élection, que la destination africaine et naturelle du président Obama serait le Kenya au point de faire le geste presque cocasse d’augmenter la piste de l’aéroport Jomo Kenyata de Nairobi afin qu’il puisse accueillir l’avion «Air Force One». A juste titre, il a cité en mauvais exemple ce pays, né dans la prospérité mais qui aujourd’hui se situe à la queue du peloton de développement mondial. Utilisant toujours le Kenya dont sont père est originaire et dont il connaît très bien la société comme exemple à ne pas imiter, Obama a indiqué que les potentiels économiques et les ressources naturelles du continent sont abondants et qu’il n’y aucune excuse pour que l’Afrique, vu ses potentiels, ne soit pas non seulement autosuffisante en matière alimentaire et en énergie mais en plus devrait en exporter pour gagner des devises fortes. Il a pris le cas des fermiers kenyans qui abandonnent leurs champs, faute de moyens et d’institutions nationales qui développent une véritable politique agraire et de marché. Il a mentionné le cas du Zimbabwe, grenier a blé de l’Afrique avant et qui, aujourd’hui, gère une famine généralisée. Il a mentionné aussi dans cette rubrique des échecs, probablement se référant à une génération jeune et nouvelle de leaders africains venus après celle des indépendances et qui avaient promu une nouvelle Afrique où le système démocratique est la base d’une société de droit. Malheureusement, a-t-il dit, ils ont tous systématiquement et misérablement failli. Il a mis en garde la jeunesse actuelle d’Afrique et la société civile contre ces erreurs. Il a encouragé ces derniers à assurer un avenir radieux et différent en prenant repère sur les sociétés qui avancent et qui fonctionnent bien dans la démocratie et la suprématie du droit, en prenant comme bon exemple le Ghana où, a-t-il ajouté, trois de ses anciens présidents sont là aujourd’hui, assis aux côtés de celui élu dans une élection âprement contestée et où le vainqueur s’en est sorti par une très courte majorité. En outre, il a salué au passage du haut de sa tribune la magnanimité de la majorité élue à cette élection ghanéenne mais aussi la responsabilité d’une minorité large qui a pourtant su accepter la défaite avec grâce. Cela, a-t-il insisté, est le signe d'une société qui a bien su ancrer ses institutions démocratiques dans la fabrique de sa société.

            Président Obama bien sûr ne peut faire que le constat des lieux mais son discours aura, c’est certain, un retentissement immense dans tous les coins et toutes les contrées du continent. Certains dirigeants africains se sentiront humiliés et snobés, le Kenya en premier, mais devraient néanmoins s’attendre à cela sans grande surprise. Quand un président se fait inaugurer avant même que les résultats officiels des élections ne soient divulgués et en catimini dans la cuisine du palais présidentiel, quand un président se fait élire par la haine tribale et la division ethnique, quand un président se fait élire par la gestion de la misère et la corruption, quand un président se fait élire par la répression policière, la terreur et par le bout du fusil, alors ce président ne mérite pas le respect et l’estime d’un président des États-Unis d’Amérique tels que Barack Obama. Et cela est vrai non seulement pour Mwai Kibaki du Kenya mais aussi pour tous les dictateurs africains qui doivent et devront s’y attendre puisqu’ils entrent dans la définition de l’échec que le président américain a tant décrié.

            Finalement, pour l’Afrique,  il y a désormais Accra. Espérons que le discours du président Barack Obama à Accra aidera au réveil des Africains pour une nouvelle ère de prospérité et de démocratie. 

 

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