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LE MAL DJIBOUTIEN
Par Liban Khaire,
Membre du bureau du MRD, Amérique du Nord
Certes,
des causes exogènes sont souvent avancées pour expliquer le retard des pays
africains en général, je fais pourtant
partie de ceux qui pensent qu’un changement profond et radical s’impose
lorsqu’il s’agit de nous confronter à la chose politique.
Je
soulève, dans les lignes qui suivent, trois points auxquels les membres actifs
de la communauté djiboutienne devraient, un tant soit peu, donner une attention
particulière.
1) Le
premier mal réside dans la définition ou l’interprétation que nous nous donnons du terme opposant….ou Mouharrid pour ainsi dire.
DAF
n’est pas un opposant ordinaire: L’opposition Djiboutienne est d’abord et
avant tout une victime du régime, DAF en est un illustre exemple : Son
parti a été dissous, ses biens ont été confisqués, il est interdit de séjour
dans son pays….Bref il est celui que tout un chacun devrait aider et soutenir
fermement…Notre religion même, nous prescrit d’aider celui qui fait face à
l’injustice…
Il est
en effet ahurissant de voir certains traiter l’opposition de tous les maux alors qu’elle n’a jamais exercé le pouvoir…
Faut-il
juger une personne sur ses actes ou ses intentions? Tel est le
machiavélisme assourdissant de certains…
Loin de
moi l’idée de diaboliser ces personnes qui au fond, suivent ce vieil
adage : un mauvais gouvernement vaut
mieux que rien. Elles oublient de
préciser que c’est la dictature (ou la mauvaise gouvernance) qui entraine
l’anarchie….
Est
opposant ordinaire, celui qui a la possibilité de s’exprimer, de jouir des
droits les plus élémentaires et surtout de contester librement les décisions du
pouvoir. Comme Mr Ignatiieff l’est présentement
à Ottawa, ou Mme Aubry en France.
A
Djibouti, on est loin du compte : nous sommes ni plus ni moins en présence
d’une dictature absolue…
2) Le
Deuxième Mal consiste en notre
incapacité à discerner, comme l’a dit
l’écrivain Gilles Gaetner la république
des copains de la justice sociale, par
justice sociale, il faut entendre intégrité morale, transparence,
compétence….Nous avons en nous une attitude qui consiste à fuir nos
responsabilités de citoyens intègres, de paisibles croyants, dès lors qu’il
s’agit de faire entendre raison aux personnes qui nous sont chères (amis,
cousins...), cette politique de complaisance devant l’immondice, le mal absolu
que représentent le népotisme, le clientélisme, la corruption…..
Un
exemple parmi d’autres : Devant nous, ici, s’offrent les agissements
calamiteux de nos organisations communautaires qui n’ont en réalité de
communautaire que leur appellation, et dont le mode de fonctionnement à
certains égards, n’a rien à envier aux pratiques mafieuses de Guelleh et de ses
sbires.
Il ne
suffit pourtant pas de critiquer, car ces organisations sont, au fond, une partie de notre être…encore faut-il
trouver une alternative. Faut-il rappeler que ces organisations remplissent un
vide quasi-institutionnel puisque le gouvernement nous oblige à avoir des
représentants locaux afin de nous venir en aide ?
D’aucuns
estiment que notre complaisance est en réalité un obstacle a la cohésion sociale
des Djiboutiens d’Ottawa.
.3) Le troisième
Mal : le Cheminement des diplômés
Djiboutiens.
Une des
causes de l’état de délabrement avancé de l’administration publique à Djibouti
réside dans le parcours social et politique de nos diplômés depuis leur entrée
dans la Fonction
publique locale jusqu'au pouvoir suprême de l'État.
Le
jeune cadre national muni de son diplôme obtenu dans une université étrangère
ou locale, dépose joyeusement et fièrement son parchemin sur la table d'emploi
du ministère de la fonction publique, comme une clé dont on se sert pour ouvrir
une porte. Dès lors, il commence à lorgner du côté des personnalités, de ses
amis ou de ses collègues proches du pouvoir, pour se familiariser avec les
membres du parti dirigeant. Poussé par l'appât du gain, il abandonne
progressivement ses propres idées, celles adoptées, développées et exposées
depuis les bancs de l'université et à son entrée dans la Fonction publique, au
profit de l'idéologie et des pratiques du parti du chef de l'Etat. Il commence
alors à se rapprocher des membres influents du Parti-Etat et à encenser le chef
de l'Etat dès que l'occasion se présente, avec le désir secret de se faire
remarquer. Il adhère au Parti-Etat, un parti qu'il avait pourtant combattu et
critiqué naguère, surtout s'il s'agit d'un parti unique opposé à ses
convictions démocratiques ou socialisantes.
Une
fois dans le parti au pouvoir, il
cherche à entrer dans le comité de direction dudit parti, afin de se rapprocher
des centres de décision, concernant surtout les postes les mieux rémunérés dont
l'attribution est décidée par le Parti.
J’en ai
rencontré quelques-uns l’année dernière; les plus nantis d’entre eux, tout en
étant apolitiques, ne portent nullement en estime les dirigeants de
l’opposition. Pourtant, une minorité arrive à se hisser à la tête de l'appareil
du Parti, ou à une place importante, avec l'arrière-pensée d'accéder au poste
de ministre dans le futur gouvernement, fonction tant rêvée pour améliorer
sensiblement son confort. Par le jeu des luttes d'influence, des alliances
éphémères intéressées, des magouilles et autres astuces.
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