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NOTRE
INDEPENDANCE, SES HEROÏNES ET HEROS…
Par Daher Ahmed Farah,
Président du MRD
Indépendance, voilà un mot qui ne nous
laisse pas indifférents. Un mot chargé d’émotion comme de signification.
D’émotion, car nombreux sont les filles et fils de ce pays qui se sont
sacrifiés pour son avènement. Beaucoup l’ont payée de leur liberté. Beaucoup
d’autres de leurs personnes et de leurs biens. Beaucoup de ce qu’un être humain
a de plus précieux : la vie. Ces sacrifices, qu’ils se déclinent en termes
de courage et de détermination, d’énergie et de ressources, ou de sang versé et
de vie perdue, n’ont pas attendu les années 1970 pour se consentir.
Contrairement à ce que colporte une certaine lecture historique en mal de hauts
faits pour des antihéros, ils remontent loin dans le temps, aux premières
heures de l’occupation coloniale. Beaucoup de nos aînés, au nord comme au sud du
pays, se sont tôt levés face un occupant pourtant incomparablement plus
puissant. A sa puissance militaire et matérielle, ils ont opposé la force de
leur audace et de leur foi. Ils ont su croire en Allah, en eux et en la
justesse de leur cause. Ils ont su résister et semé la graine de la lutte
anti-coloniale. C’est sur les traces de ces premiers résistants que marcheront
des générations de combattants de la liberté. Lesquels se battront sur bien des
fronts, culturel, social, économique, syndical, politique et militaire. Ce sont
ces souvenirs, ces souvenirs de patriotes, de femmes et d’hommes ayant refusé
d’abdiquer leur dignité et leur liberté, qui habitent l’Indépendance. Elle nous
les transmet. Emotionnellement. Mémoriellement.
L’Indépendance est aussi chargée de sens. Le mot signifie beaucoup pour nous,
comme il l’a fait pour nos aînés. L’Indépendance est une belle promesse.
Promesse de dignité, de liberté, de justice. Elle est promesse de concorde, de
fraternité, de progrès. Conquérir son Indépendance, c’est, pour un peuple,
souscrire à un projet collectif, imaginer un avenir commun, bâtir un Etat
national. C’est se penser en société, s’élever et s’épanouir
collectivement.
Cette émotion et ce sens nous animent. Ils le font d’autant plus fort que nous
avons été privés de notre Indépendance, détournée pour son compte par un régime
sans cœur ni raison. La belle promesse n’a-t-elle pas été empêchée de
s’accomplir, sa place plantée de petits intérêts particuliers et de turpitudes
en tous genres ?
Néanmoins, que l’Indépendance soit confisquée, que l’Etat djiboutien soit
perverti en un triste appareil patrimonio-personnel et répressif, n’est point
chose définitive. Cela n’exclut pas l’espérance. L’espérance est indestructible,
hors de portée des assauts de l’arbitraire et de la tyrannie. Indestructible
parce qu’en nous, au plus profond de notre être. C’est elle qui nous porte,
comme le souffle porte la vie. Nous espérons parce que nous refusons la
fatalité. Nous espérons parce que nous ne voulons pas renoncer à la vie. Nous
espérons parce que nous sommes fondés à le faire et que nous devons faire en
sorte de parvenir à nos fins.
Et tout en veillant à ce que, par notre action collective, notre espérance
s’incarne en changement, ne nous lassons pas de rendre hommage à nos aînés, à
tous ces héroïnes et héros, connus et moins connus, qui ont écrit, avec leur
engagement inébranlable et leur combat inlassable, des pages glorieuses de
notre histoire. Ne cessons point de célébrer ces femmes et ces hommes qui ont
rendu possible un 27 juin 1977. Nous nommons les mères et pères de notre
Indépendance, les vrais, non les faux qui se sont autoproclamés.
Les célébrer comment ? De toutes les manières dignes de leurs sacrifices.
La première étant de conserver en nous, fraternelle et vivante, la mémoire de
leur héroïsme. Une autre et indispensable manière de les célébrer nous semble
de suivre leur exemple et de ne point craindre de nous lever fort face à
l’occupation de l’Indépendance. Oui, occupation, car si le colonisateur a
occupé notre terre et nous a opprimés, ceux d’entre nous qui lui ont succédé se
sont, comme brièvement indiqué plus haut, empressés d’occuper notre
Indépendance et d’abattre sur nous une chape de plomb. Ils ont repris pour leur
compte bien des méthodes coloniales, perpétuant la tyrannie à leur profit. Or
cela, nous ne pouvons l’accepter. Nous ne pouvons accepter d’une poignée des
nôtres ce que nous n’avons pas accepté du puissant colonisateur. De toutes nos
forces, nous devons le rejeter. Levons-nous fort face à l’injustice
et à la tyrannie. Livrons combat contre l’inacceptable. De la sorte, nous reconquerrons
non seulement notre Indépendance mais ferons honneur à la mémoire de nos
héroïnes et héros. En nous libérant du joug de l’oppresseur autochtone, nous
signifierons à nos mères et pères de l’Indépendance qu’ils ne se seront pas
sacrifiés pour rien.
Mais nos héroïnes et héros, qui sont-ils ? Ils sont nombreux, jeunes et
moins jeunes, de toutes les communautés et de toutes les conditions sociales.
Ce sont des femmes et des hommes, et il faut insister sur la distinction par le
genre, car nous avons trop souvent tendance à occulter l’inestimable
contribution, la part essentielle, que les Djiboutiennes ont prise à la
résistance anti-coloniale et à la lutte pour l’Indépendance. Sans l’engagement,
souvent discret mais efficace, des mères, sœurs et autres épouses, un 27 juin
1977 n’aurait été possible. D’avoir, pour une part des années ayant précédé
l’Indépendance, modestement été témoin direct et actif de la formidable
mobilisation des Djiboutiennes, nous a donné une idée de ce dont elles sont
capables sur le champ d’honneur. Des femmes et des hommes donc. Mais, du coup,
aussi paradoxal que cela puisse paraître à première vue, mettre des noms et des
visages sur nos héroïnes et héros, s’avère difficile. Car comment recenser
toutes celles et tous ceux dont l’héroïsme n’est pas remonté jusqu’à la
connaissance publique, toutes celles et tous ceux qui ont accompli de hauts
faits demeurés inconnus du vaste public ? La réponse relève de la recherche
historique. Pour autant, il ne serait pas juste, aux célébrations de
l’Indépendance, de les passer sous silence au motif de l’anonymat. Il nous
semble que c’est d’abord à eux, à ces héroïnes et héros anonymes, qu’il faut
penser. Qu’ils reçoivent l’expression de notre reconnaissance collective pour
leurs sacrifices en faveur de la
Nation.
Quant aux plus connus de nos héroïnes et héros, de ne point être anonymes ne
limite pas non plus leur nombre à un modeste chiffre. Ils sont nombreux, trop
nombreux pour tenir en un modeste papier tel que celui-ci. Aussi en
citerons-nous seulement quelques-uns. Par avance, nous nous excusons de
l’énumération sélective et forcément injuste à l’égard des noms non mentionnés,
que nous opérons.
Voici donc quelques noms parmi les plus connus de nos figures indépendantistes.
Commençons par les mères et citons, entre de nombreuses autres, Barbari Ahmed, Kadiga Dagueh Goumhoud,
Fatma Abdourahman Djama dite Choukri, Hawa Indi Nour, Loula Rassas, Mako
Houssein Miguil, Zahra Abdi Mohamed. Continuons avec les pères pour avancer,
entre de nombreux autres, ces quelques noms : Cheik Osman Waïss Ismaël, Mohamed
Ahmed Issa dit Cheiko, Abdourahman Ahmed Hassan dit Gabode, Abdourahman Djama
Hassan dit Andoleh, Mohamed Osman Houffaneh, Mohamed Dahane Abdallah, Ahmed
Dini Ahmed, Djama Mahamoud Boreh, Moussa Ahmed Idriss, Mohamed Farah Dirir dit Janaleh, Abdillahi Ardeyeh Abaneh, Omar Ahmed
Youssouf dit Vincent, Omar Chardi Bouni, Hassan Houssein Ahmed dit Hassan
Gauliss, Cheik Abdillahi Bodeh, Docteur Omar Osman Rabeh, Ahmed Elmi Khaireh,
Ali Mahamadé Houmed, Abdi Hassan Liban dit Hatif, Abdillahi Waberi dit Bochari,
Absieh Bouh, Djibril Aganeh Robeh dit Gachamaleh, Ali Ahmed Oudoum, Mohamed
Saïd Saleh, Omar Elmi Khaireh, Ahmed Hassan Ahmed dit Gourey, Meraneh Amarreh,
Khaireh Kayad, Aden Robleh Awaleh, Moussa Doualeh Idleh dit Moussa Gadhleh, ou
encore Kadamy Youssouf Kadamy. Et bien entendu, le grand Mahamoud Harbi
Farah.
Emotion et sens. A l’évoquer, l’Indépendance nous en submerge. Reste à la
vivre. Pleinement. En commençant par sa reconquête, par sa reprise vaillante
des mains de la dictature. Des pleurs, des velléités et autres résolutions sans
lendemain, passons à l’action soutenue et décisive.
A raison, nos héroïnes et héros de l’Indépendance ne peuvent comprendre que,
trente deux ans après sa proclamation, nous ne l’ayons toujours pas arrachée au
pouvoir usurpateur.
Faisons assaut d’honneur et œuvre de
salut. Le moment n’y est pas le moins propice.
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