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L’IMPÉRIEUSE NÉCESSITÉ DE PASSER A L’ACTION…Par Ali Salem Omar (MRD)      

Éditorial

 

L’impérieuse nécessité de passer a l’Action…

 

Par

Ali Salem Omar (MRD)

 

Pour enrayer une dictature, il y a deux pistes : l’une consiste à faire usage de la violence, l’autre de la force de réflexion. La politique du Mouvement pour le Renouveau démocratique et le Développement (MRD) s’inscrit dans le second registre. Mais cette dernière, pour prouver son efficacité, doit se traduire dans l’action. Ainsi il serait bon de s’attarder un tant soit peu sur le thème de la réflexion qui est très différente de l’opinion stéréotypée qu’en ont la plupart des gens. N’avons-nous pas déjà entendu ce leitmotiv : « Les dictateurs sont parvenus au pouvoir par la violence, ils partiront par le sang…C’est comme ça que ça marche ! »

 

Oui, mais que dire alors des convictions et des combats menés par Mahatma Gandhi, Martin Luther King ou Steve Biko ! Pourquoi leurs principes restent-ils gravés à tout jamais dans nos mémoires ? N’ont-ils pas révélé au monde l'efficacité de la stratégie non violente face aux injustices et aux pires des dictatures ? N’ont-ils pas permis de promouvoir les libertés et recouvrer la dignité humaine ? Michäelle Jean ou récemment Barack Houssein Obama, ne sont-ils pas l’incarnation de cette lutte de longue haleine ? Sans doute ! Mais encore faut-il rappeler que l’action doit son efficacité à un travail sans relâche, méticuleux, qui s’élabore en concertation avec toutes les personnes ressources impliquées, et bien coordonnée.

 

             Comme la culture de la violence, celle de la réflexion ou de la non-violence est assise sur une pensée et une stratégie. Ces deux concepts doivent être clairement distingués mais pas séparés, car nous y voyons un continuum et une interaction. Si l’on pense à la liberté, c’est qu’on la réclame, et si c’est le cas, on doit s’atteler à l’acquérir. « Croire en quelque chose et ne pas le vivre, c'est malhonnête. »[1] Sinon, l’on tombe dans le piège de la procrastination et de la paresse. Paul Ricœur[2] nous rappelle que l'action est le critère de l'authenticité du vouloir : "Une volonté qui n'aboutit pas à mouvoir le corps et, par lui, à changer quelque chose dans le monde est bien près de se perdre dans les vœux stériles et dans le rêve. Qui ne réalise pas n'a pas encore vraiment voulu. La légitimité d'une intention séparée de l'action est déjà suspecte." Il surenchérit : "Dès que la conscience se replie dans une intériorité méprisante, la valeur est frappée d'une stérilité qui l'altère profondément."

Ce qui nous amène à affirmer que l'action reflète la réalisation de la pensée ou de la philosophie; elle représente l'attitude par laquelle l'homme affirme sa présence aux autres. Un leader[3] qui n’emprunterait pas la voie de l’action, devient par inadvertance le premier témoin de son absence sur le terrain. Il en va exactement de même pour le militantisme en faveur des droits humains. En toute logique, l’action ne peut donc pas être reléguée au second rang. Elle ne peut être considérée comme facultative, parce qu’elle est tout simplement obligatoire et doit être exécutée sans délai par tous les défenseurs des libertés humaines!

Cela sert à quoi de faire de beaux discours sur la lutte contre les régimes dictatoriaux, si la verve ou l’éloquence du leader n’est pas suivie d’une stratégie mobilisatrice ? Une véritable lutte n’a point besoin d’un chantre lyrique. Le leader-mobilisateur n’a donc pas le droit de s’engager puis de déserter. Il doit affronter physiquement les autres, sur la place publique et partout. Omniprésent, il doit faire suivre son « exubérance des cafés » d’une myriade d’actions, il doit sentir le besoin de faire la navette entre la réflexion et l’action qui se nourrissent mutuellement. Et s’il commence à sentir le risque ou le danger que pourrait produire la traille de son bac, c’est alors qu’il réside réellement dans la houle de la lutte.

 

Je pense que tous nos compatriotes ont le devoir de s’impliquer dans cette noble lutte contre la dictature que nous impose Ismaël Omar Guelleh (IOG) et sa bande. Chacun de nous peut faire quelque chose à son niveau. Il suffit de se pourvoir d’un minimum de volonté pour jouer pleinement son rôle, car « dès que quelqu'un comprend qu'il est contraire à sa dignité d'homme d'obéir à des lois injustes, aucune tyrannie ne peut l'asservir. »[4] Potiner dans les cafés, faire son spectacle ou son show pour impressionner le public, délasse peut-être l’esprit, mais ne contribue pas à la lutte. C’est du registre du discours stérile, point de l’action qui libère. En d’autres termes, ne serait-il pas grand temps de prendre des initiatives et de les mettre en pratique ? Expérimenter l’action, c’est aussi comprendre sa dynamique interne car elle en constitue formidablement la force.

 

Le MRD est viscéralement convaincu que l’action pacifique est plus percutante que la violence. Ensemble, nous pouvons faire changer le cours des choses. Ensemble, nous pouvons faire reculer IOG et sa courette. Ensemble, nous pouvons faire beaucoup de choses en faveur du développement de notre pays. Le Kenya est un bel exemple récent ; et celui du Zimbabwe demeure le reflet d’une épine lancinante pour le régime sanguinaire de Robert Mugabe. L’action pacifique prend son temps mais elle taraude indubitablement les « tours d’ivoires » des régimes dictatoriaux. It’s a matter of time !

 



[1] Gandhi.

[2] Paul Ricœur, Philosophie de la volonté, T I. Le volontaire et l'involontaire, Paris, Aubier, 1988, p. 187

[3] Par leader, on entend toute personne capable de participer au développement de son pays, à sa manière et selon ses capacités.

[4] Gandhi, Extrait de Discours et écrits.

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