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C’était le 9 janvier 2007 à Djibouti, un mardi, lors du premier conseil des ministres de la nouvelle année. Ismaël Omar Guelleh, la mine repue, à mille lieues de la misère malmenant la majorité de ses concitoyens, confortablement assis dans un douillet fauteuil en cuir, devant une poignée d’hommes et de femmes heureux d’être ses ministres, ânonnait, lunettes de lecture fièrement posées sur le nez, de longues lignes de mots. Il avait un message de la plus haute importance à délivrer et s’enflait de superbe. Près de huit ans après avoir illégitimement et illégalement succédé à son oncle Hassan Gouled Aptidon en avril-mai 1999, il annonçait ce qu’il appelait pompeusement l’ «Initiative nationale pour le développement social (INDS)». Trop tôt, non ? ! Il lisait, lisait, toisant son assistance, et, par-delà elle, tout un pays, du haut de son discours. La haute tenue de son message, pensait-il, le hissait si loin dans le firmament que nous autres, ses compatriotes et autres éventuels auditeurs étrangers, devenions de pâles et dérisoires ombres. Dans son infinie générosité, il nous délivrait soudain de nos souffrances accumulées. Dans les trois ans, les fruits de ce grand moment guelléen, il n’y a pas d’autre mot, allaient nous ressusciter d’entre les miséreux et nous dispenser une vie décente. Alors, nous nous devions de nous ouvrir à plein à la brise de l’espérance et vibrer de reconnaissance avec ce qui nous restait de force. Au rythme d’un insistant tapage médiatique officiel.
A quasiment mi-parcours de l’ «Initiative», il nous a semblé utile d’y revenir un peu. Y revenir juste pour en dire deux mots. D’abord sur le message lui-même. Il n’était point, commettons encore un crime de lèse-autocrate, du cru guelléen. Contrairement aux apparences, notre grand homme ne l’avait ni écrit, ni inspiré. Ce texte que l’on voulait historique, pas moins dans l’entourage de l’occupant du Palais d’Escale, était d’ailleurs. Il avait été pensé et rédigé sous d’autres cieux, pour un autre peuple. C’était le bébé d’un pays du Nord d’Afrique : il avait vu le jour au…Maroc. Le fils et successeur du Roi Hassan II, Mohammed VI, l’avait prononcé près de deux ans auparavant, le 18 mai 2005. Sur le même thème du développement humain, sous le même titre d’«Initiative nationale pour le développement humain (INDH)1». En fait, Ismaël Omar Guelleh avait tout simplement repris le discours royal, presque mot pour mot. Sans la moindre référence à son auteur, bien entendu : c’eût été se faire injure, à lui, le grand homme, enviable et universellement copiable, d’avouer puiser chez autrui. Oui, le plus naturellement du monde, Guelleh avait, sans vergogne, recopié le texte de sa Majesté Mohammed VI puis tenté d’en apparaître l’auteur. Cela s’appelle, vous le savez bien, plagiat et constitue un délit puni par la Loi à travers le monde. Y compris, en théorie, à Djibouti. C’est une atteinte à la propriété intellectuelle d’autrui, en l’occurrence le jeune souverain chérifien. Guelleh, l’intelligence pure, coupable de piller illicitement les idées de quelqu’un, avouons que cela fait désordre. La fierté de notre grand homme prend là un sérieux coup. A sa décharge, cependant, sa propension de longue date à ne guère jamais rien produire et à piquer tous azimuts. Ce qui s’apparente à de la kleptomanie intellectuelle et n’est point une manifestation de bonne santé morale. Pas étonnant, direz-vous, quand on sait que l’homme préside à un système kléptocratique. Sans doute, mais c’est bien loin de l’image de grand dirigeant qu’il essaie assidûment de véhiculer par sa communication. Il ne cesse de vouloir nous envoyer, au fil des allocutions, interviews et autres papiers dithyrambiques, le halo d’un homme d’idées et d’édification, bref d’un dirigeant hors pair, comme il y en a rarement sur cette terre. Ce dont, à son grand malheur, mais ne le répétez surtout pas, nous ne sommes point dupes, nous autres miséreux de Djibouti. Et pas seulement nous autres…À croire qu’il est le seul à se laisser duper par son propre jeu. En tout cas, le plagiat guelléen, nous n’osons pas dire djiboutien, du discours marocain n’est pas passé inaperçu, ni à Djibouti, ni ailleurs. D’autant qu’Internet, ou la Toile pour les inconditionnels de la francisation, relie les humains de ce monde, au grand dam des adeptes du bâillonnement et du black-out. D’ailleurs, nous mettons en regard, par devoir d’information et de vérité, un peu plus bas, le discours de notre grand homme (observez que nous l’appelons encore ainsi) avec celui du Roi Mohammed VI. Non sans mettre en gras une bonne partie du copier-coller, comme on dit aujourd’hui. Alors, Mohammed VI a-t-il porté plainte pour plagiat caractérisé? Pas sûr. Cela n’aurait pas été très royal... Et puis, cela caresse toujours son ego de régnant d’apprendre l’existence quelque part d’un moins bon gouvernant que soi. Moins bon au point de piller sans discernement ses mots et idées. Concédons qu’à nous autres cela fait encore mal à ce qui reste de l’image nationale.
Le second commentaire qu’appelle de notre part ce discours de Guelleh publié dans l’édition datée du 10 janvier 2007 du journal La Nation, a trait, lui, à sa traduction en actes. Ismaël Omar s’est-il risqué au-delà du recopiage et de la lecture sans grâce en conseil des ministres ? A-t-il, au moins, pris des mesures, posé certains actes concrets propres à soulager la misère généralisée de son peuple ? « Imprégné de la culture d'évaluation et de la nécessité de tous les acteurs d'être comptables de leurs actes dans l'exercice de leur fonction, a-t-il reproduit, culture que Nous souhaitons ancrer dans la gestion de la chose publique, nous nous donnons rendez-vous dans les trois années à venir pour faire le bilan de cette nouvelle initiative et, ainsi, mesurer les changements palpables et positifs au niveau de la société djiboutienne.» Quel est donc l’avant-goût du bilan, à mi-parcours des trois ans qu’il nous a fixés pour les fruits de son généreux arbre ? Point probant, pour rester courtois. Oh, rassurez-vous, la poignée au pouvoir a, elle, continué d’amasser à vive allure. Les villas cossues et autres grosses cylindrées poursuivent leur multiplication comme des fruits de saison. Les comptes en banque, secrets ou non, intérieurs ou extérieurs, ne cessent de s’emplir. Haramouss, Gabode, Héron, Centre-ville…regorgent de béton au financement douteux. Parcelles de terrain et immeubles anciens changent de mains plus que de raison pour se concentrer autour du couple régnant. Les quelques artères de la capitale, au balayage desquelles ruinent leur santé quelques grappes de faméliques mères de familles, croulent sous les roues de luxe. Les sociétés opaques s’ajoutent les unes aux autres sur la place de Djibouti, indécentes et voraces. Et, dans cette mise en coupe réglée, Madame ne fait pas moins parler d’elle que Monsieur. Non, du point de vue du pillage et de l’Etat et de l’économie nationale, l’ «Initiative» guelléenne n’a pas démérité. Mais de ce point de vue seulement, n’en déplaise au grand homme. Car le peuple djiboutien, lui, attend encore. Ni régions rurales, ni zones urbaines n’ont gagné au message du 9 janvier 2007. Il n’est point besoin d’enquêtes savantes pour s’en rendre compte. Un tour en pays réel, chez les citadins comme chez les ruraux, chose techniquement aisée compte tenu de la modeste taille de la République et de la concentration géographique de ses habitants, suffit. Dans la capitale, où les gens s’entassent et sont censés moins souffrir qu’ailleurs, de plus en plus de marmites sont vides. Le fagot ou le charbon de bois ont souvent remplacé le pétrole lampant. Les denrées de première nécessité deviennent chaque jour plus inaccessibles. L’eau rare, l’électricité un luxe, la santé aussi payante que mal en point, l’éducation fort insuffisante en qualité comme en capacité d’accueil, etc. Et le taudis demeure le logement du peuple. Ce, pas seulement pour cause de mauvaise conjoncture internationale : celle-ci a trouvé une situation déjà difficile et l’a juste aggravée. La vie, on le sait, a toujours été chère à Djibouti. Les produits importés ont toujours coûté beaucoup plus cher chez nous que chez nos voisins, même enclavés. Du fait de l’irresponsabilité de nos gouvernants et des pratiques commerciales qui dominent sous nos cieux. Aucune politique publique ne s’est sérieusement penchée sur cette problématique pourtant vitale. Ni études sérieuses de la formation des prix, ni mesures anti-abus, ni mécanismes de régulation n’ont été mis en place. Pire, la seule modeste structure héritée de la période coloniale, connue sous le nom de Magasins témoins et rebaptisée Office national d’approvisionnement et de commercialisation (ONAC) à l’Indépendance, a été torpillée. Elle a rendue l’âme au cours des années 1990. C’est donc dans ce contexte local déjà délabré pour le peuple djiboutien qu’est survenue la hausse mondiale de certains produits d’importation tels que le pétrole, le blé ou le riz. A défaut de sonner l’alarme pour les décideurs, cette augmentation a été l’occasion pour les douteuses pratiques commerciales d’empirer et d’écraser lourdement les consommateurs sans défense que nous sommes. Les récentes émeutes de la faim, qui ont secoué Djibouti-ville, en témoignent. Or, si la faim jette les gens dans les rues de la capitale, que dire de la province ? C’est une question à cent balles, dont nous vous laissons deviner la réponse. Non sans vous signaler que, dans les commentaires les plus récents de certains partenaires internationaux au développement, on peut lire que «Djibouti est caractérisé par des taux de pauvreté très élevés (84% en milieu urbain où la majorité de la population se concentre) et des indicateurs sociaux en deçà de ceux des pays à revenu comparable.» N’est-il d’ailleurs pas symptomatique que ce soit le 27 mars 2008 seulement, à mi-parcours de l’«Initiative», qu’un Secrétariat d’Etat soit créé pour prendre en charge la problématique de la solidarité nationale, en d’autres termes l’«INDS» ? «Le temps d’agir», titre le journal La Nation en son édition du 10 avril 2008, rappelant malgré lui l’inaction guelléenne qui condamne l’«INDS». Comme bien d’autres choses. S’il a fallu près d’un un an et demi pour nommer quelqu’un et parler d’action, qu’en sera-t-il du reste de l’annonce de janvier 2007 ? Il est fort probable que l’initiative copiée et collée soit partie pour connaître le même sort que le fameux DSRP (Document stratégique de réduction de la pauvreté) qui, pourtant soutenu par des acteurs majeurs du développement tels que la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI) et approuvé avec fracas en 2004 par Ismaël Omar Guelleh, n’a reçu aucun contenu concret. «Il n’a pas été accompagné d’une réorientation des dépenses publiques en faveur des services sociaux ni d’un système de suivi transparent basé sur des indicateurs de résultats. La population est restée pauvre dans son ensemble et les indicateurs sociaux se sont maintenus à des niveaux faibles», le juge-t-on sévèrement dans les instances internationales. D’où, au demeurant, l’«INDS». Point besoin de renchérir.
Concluons simplement que plagier pour dire, ne guère rien faire pour réaliser, n’est point un projet de société ni la voie du développement. C’est encore moins un signe de grandeur…
1 : Ismaël Omar Guelleh a juste remplacé le qualificatif «humain» par «social» en plagiant le souverain marocain.
"Louange à Dieu.
Paix et salut sur le Prophète.
Sa famille et Ses compagnons.
(Discours prononcé le 18 mai 2005)
Cher peuple,
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Ainsi que tu le sais, depuis que j'ai assumé la charge suprême d'assurer la conduite de la nation, J'ai toujours été attentif à tes préoccupations, soucieux de répondre à tes aspirations, veillant constamment à t'associer à la recherche des solutions appropriées pour relever les grands défis qui se posent à notre nation, dans un esprit empreint d'espérance, de volontarisme et d'engagement. |
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C'est dans ce même esprit, et après une réflexion qui a mûri au fil des déplacements et des visites que J'ai effectués à travers les différentes régions du Royaume pour M'enquérir de ta situation, que J'ai décidé de t'entretenir, aujourd'hui, d'une question qui se trouve au cœur de notre projet de société, une question qui préoccupe et interpelle instamment la nation dans son ensemble : institutions, acteurs politiques, syndicaux et économiques, société civile, et plus encore, familles et l'ensemble des citoyens.
Nous entendons par là la problématique sociale, qui constitue, pensons-Nous, le défi majeur à relever pour la concrétisation de notre projet de société et de développement. En effet, Nous avons décidé, avec l'aide de Dieu, de Nous y atteler en lançant une nouvelle initiative qui se veut novatrice et ambitieuse, à savoir : "l'Initiative Nationale pour le Développement Humain".
Cette initiative s'inscrit dans la vision d'ensemble qui constitue la matrice de notre projet sociétal, modèle bâti sur les principes de démocratie politique, d'efficacité économique, de cohésion sociale et de travail, mais aussi sur la possibilité donnée à tout un chacun de s'épanouir en déployant pleinement ses potentialités et ses aptitudes.
C'est dans cette vision équilibrée et portée vers l'avenir, que s'inscrivent, du reste, les réformes fondamentales et les projets structurants que Nous avons engagés, ainsi que les progrès et les acquis aujourd'hui engrangés, notamment dans les domaines de la consolidation de l'Etat de droit, de l'élargissement de l'espace des libertés, de la promotion des droits de la femme, de l'enfance et des catégories sociales démunies et fragiles.
Nous avons franchi des étapes importantes dans le processus de construction d'une économie moderne et performante, à travers les multiples projets d'infrastructure et de mise à niveau de l'appareil productif national, et les divers dispositifs de promotion de l'investissement et de l'initiative privée, ainsi qu'à travers les politiques sectorielles et les programmes de développement régional, lancés récemment par Nos soins dans les régions de l'Oriental et de Souss-Massa-Daraâ, pour étayer les réalisations accomplies depuis quelques années déjà dans les Régions du Sud et du Nord du Royaume.
Nous avons également veillé à la disponibilité des moyens et des mécanismes à même d'impulser le processus de développement - notamment le Fonds Hassan II pour le développement économique et social- et d'accélérer la réalisation des programmes nationaux d'adduction d'eau potable, d'électrification intégrale du monde rural et de son désenclavement.
Cher peuple.
L'initiative que Nous lançons aujourd'hui est une autre pierre qui vient conforter cet édifice. Elle part ainsi de quatre points de repère principaux, qui en constituent le bien-fondé et la philosophie d'action.
Elle part, d'abord, des données objectives qui constituent les termes de la problématique sociale au Maroc. Des données qui montrent que de larges franges de la population marocaine et des zones entières du territoire national vivent dans des conditions difficiles et parfois dans une situation de pauvreté et de marginalisation, qui est incompatible avec les conditions d'une vie digne et décente que Nous souhaitons pour Nos citoyens.
En effet, de nombreux quartiers et bidonvilles, urbains ou périurbains, et plusieurs communes, situées pour leur grande majorité en milieu rural, connaissent des situations difficiles marquées par l'insuffisance des accès aux équipements et services sociaux de base, offrant ainsi des terreaux propices à l'aggravation des problèmes d'analphabétisme, de chômage et d'exclusion, ou de déscolarisation, et pâtissant des faibles opportunités d'emploi et d'activités rémunératrices.
Une telle situation est, certes, inacceptable. Mais, se contenter d'en établir le diagnostic n'est guère suffisant et n'a réellement d'utilité que s'il se conjugue à une action sérieuse et porteuse d'améliorations concrètes.
La vérité du diagnostic social devra, ainsi, être appréciée à l'aune de la noblesse de Notre motivation et de la grandeur de Notre ambition pour le progrès social.
Aussi, toute exploitation de la misère sociale à des fins politiciennes ou pour nourrir des velléités extrémistes ou encore pour cultiver un sentiment de pessimisme, de défaitisme et de désespoir, relève-t-elle de la pure malhonnêteté et de la mystification et ne saurait être moralement acceptée.
Notre Initiative procède, en second lieu, d'une conviction selon laquelle la mise à niveau sociale, tâche par ailleurs complexe et de longue haleine, ne peut relever de l'assistance ponctuelle ou de l'action caritative spontanée ou encore d'un devoir éthique ou d'un acquit de conscience.
Tout en veillant à ce que chacun demeure constamment imprégné de ces vertus et de leurs bienfaits louables,
Nous estimons que le développement efficace et durable ne peut se concrétiser que par le biais de politiques publiques intégrées, s'inscrivant dans le cadre d'une entreprise cohérente, d'un projet global et d'une forte mobilisation tous azimuts, où les dimensions politique, sociale, économique, éducationnelle, culturelle et écologique, se conjuguent et se complètent.
Aussi, en veillant à la concrétisation de ce projet, Notre ultime dessein est-il d'élargir le cercle des opportunités et les espaces de choix qui s'offrent à l'homme et à la femme marocains.
Toutefois, cela ne saurait être possible que par un effort d'éradication de la pauvreté et des dénuements qui limitent les potentialités du citoyen marocain et empêchent sa pleine participation à la vie sociale et économique.
Si le niveau de croissance économique est insuffisant et inéquitable dans la mesure où ses dividendes ne profitent pas à l'ensemble des populations et des régions du pays, d'autant que certaines continuent à pâtir de la marginalisation et de la dégradation des conditions de vie, il importe de noter, en même temps, que l'inclusion souhaitée ne saurait être considérée, selon une vision simpliste et étriquée, comme un fardeau qui pèse sur la croissance, dès lors qu'elle en est à la fois la condition et le catalyseur.
Le troisième point de repère de l'Initiative est lié au choix de l'ouverture sur le monde, choix que Nous avons fait et que Nous assumons. Le monde ne cesse, en effet, de changer autour de nous, et de nous imposer davantage de défis et de vulnérabilités qui fragilisent nos liens sociaux et territoriaux et véhiculent des standards de consommation, des modes de vie et des schémas de pensée envahissants, que nous ne pouvons ni éviter ni ignorer.
Aussi, immuniser nos acquis vis-à-vis des retombées de l'ouverture, tout en tirant profit des nombreuses opportunités qu'elle offre, ne peut-il être qu'une entreprise collective mobilisatrice. C'est pourquoi tous les Marocains sont appelés à y prendre part, au lieu de se confiner dans une posture conduisant tout droit à l'impasse ou dictant le recours à des solutions individualistes, contraires aux exigences de l'intérêt supérieur de la nation.
L'Initiative part, en quatrième et dernier lieu, des leçons tirées de nos expériences passées et des modèles ayant fait leurs preuves dans certains pays, en matière de lutte contre la pauvreté et l'exclusion. Ces expériences montrent que ce défi ne saurait être relevé que par une définition rigoureuse des objectifs et une mobilisation générale en vue de leur réalisation.
Elles renseignent, en outre, sur la limite des approches de développement strictement sectorielles, isolées et non intégrées, et sur les dysfonctionnements que génère la grande dispersion des efforts, des ressources et des intervenants.
En revanche, ces expériences attestent de la pertinence des politiques de ciblage des zones et des catégories les plus démunies, autant que de l'importance d'une participation des populations pour une meilleure appropriation et viabilité des projets et des interventions, ainsi que des vertus des approches contractuelles et partenariales, outre le dynamisme du tissu associatif et des acteurs du développement local et de proximité.
Partant de ces atouts, de ces référentiels et des enseignements tirés des expériences passées, l'Initiative que Nous lançons aujourd'hui doit se décliner sous le signe de la citoyenneté réelle et agissante, et procéder d'une démarche résolument novatrice et d'une méthodologie d'action qui allie ambition, réalisme et efficacité, et se traduise par des programmes pratiques, bien définis et intégrés. Trois axes principaux lui ont ainsi été fixés :
Premièrement, s'attaquer au déficit social dont pâtissent les quartiers urbains pauvres et les communes rurales les plus démunies, et ce par l'élargissement de l'accès aux équipements et services sociaux de base, tels que la santé et l'éducation, l'alphabétisation, l'eau, l'électricité, l'habitat salubre, l'assainissement, le réseau routier, les mosquées, les maisons de jeunes et les infrastructures culturelles et sportives.
Deuxièmement, promouvoir les activités génératrices de revenus stables et d'emplois, tout en adoptant une action plus imaginative et plus résolue en direction du secteur informel. A cet égard, Nous appelons aussi bien le gouvernement que les différents partenaires à faire des prochaines assises nationales sur l'emploi une occasion propice pour engager un dialogue ouvert et constructif et formuler des propositions concrètes pour enrayer le chômage des jeunes.
Troisièmement, venir en aide aux personnes en grande vulnérabilité, ou à besoins spécifiques, pour leur permettre de s'affranchir du joug de la précarité, de préserver leur dignité et d'éviter de sombrer soit dans la déviance, soit dans l'isolement et le dénuement extrême.
Pour ce faire, et compte tenu de l'impossibilité matérielle d'assurer une couverture exhaustive et concomitante de toutes les régions et de toutes les catégories, il a été jugé pertinent d'adopter des critères objectifs d'urgence pour déterminer les bénéficiaires à titre prioritaire. Ainsi, dans une première étape de son lancement, l'Initiative ciblera le renforcement de la mise à niveau sociale de 360 communes parmi les plus pauvres du monde rural, et de 250 quartiers pauvres, en milieu urbain et périurbain, médinas anciennes et bidonvilles, où sévissent les manifestations les plus criantes de l'exclusion sociale, du chômage, de la délinquance et de la misère.
Elle visera, également et de manière progressive, la mise à niveau tant des capacités que de la qualité des centres d'accueil existants, ou la création de nouveaux centres spécialisés, à même d'accueillir et de venir en aide aux personnes en situation de grande précarité, tels les handicapés, les enfants abandonnés, les femmes démunies, sans soutien et sans abri, les vagabonds, les vieillards et les orphelins livrés à eux-mêmes.
Certes, nos moyens sont limités, mais ce n'est pas là une raison pour se résigner à une situation précaire dont Nous ne saurions admettre qu'elle soit une fatalité au regard de Notre peuple et de sa fierté. Notre foi inébranlable en notre génie national, notre potentiel de créativité et nos capacités de travail, nos ressources humaines qualifiées, conjugués à la détermination qui nous anime et que nous devons à nos valeurs authentiques seront nos véritables atouts pour parvenir aux objectifs que Nous avons fixés à cette Initiative vitale.
Afin d'assurer constance et efficacité dans la mise en œuvre de cette Initiative, et de concilier, d'une part, la contrainte inhérente à la durée limitée de chaque mandat parlementaire ou gouvernemental et, d'autre part, la nécessité de pérenniser cette Initiative de portée nationale, Nous avons fixé un échéancier pour sa mise en oeuvre en l'échelonnant sur le court, le moyen et le long terme.
Sur le court terme, Nous avons chargé le Premier ministre de veiller à ce que le Gouvernement s'attelle à donner corps à cette nouvelle Initiative, dans sa première phase, sous forme de programmes et de projets intégrés et tangibles sur le terrain. Il lui appartient de soumettre à Notre haute appréciation, dans les trois mois à venir, un plan d'action complet répondant aux objectifs de l'Initiative.
Sur le moyen terme, il incombe à la classe politique, dans la perspective des échéances partisanes et électorales, auxquelles elle se prépare à l'horizon de 2007, d'inscrire au coeur de ses préoccupations l'élaboration de projets concrets. Le but est de donner corps à cette Initiative, eu égard à ses objectifs de développement, qui sont au centre des préoccupations quotidiennes du peuple et constituent la pierre angulaire pour la réhabilitation de l'action politique.
Sur le long terme, Ma grande ambition, qui est aussi la tienne, cher peuple, est de hisser les indices de développement humain dans notre chère patrie à un niveau comparable à celui des pays développés.
Soulignant le caractère national et global de cette Initiative, Nous avons donné Nos instructions à Notre premier ministre pour qu'il la soumette au Parlement dans le cadre d'une séance spéciale, afin qu'elle recueille tout l'appui qu'elle requiert.
De manière générale, Nous appelons le gouvernement à adopter une démarche d'écoute et de concertation avec toutes les forces vives de la nation, en l'occurrence les partis politiques, les syndicats, les collectivités locales, les organisations de la société civile et le secteur privé, mais aussi les citoyens avisés ayant à coeur de s'impliquer dans l'action du développement.
Nous l'appelons aussi à adopter un plan d'action fondé sur les principes de bonne gouvernance, à savoir la responsabilité et la transparence, les règles de professionnalisme, la large participation des citoyens, l'intégration et la rationalisation des interventions des établissements et organismes publics, ainsi que le suivi et l'évaluation permanente des réalisations. Sur le plan du financement, Nous avons décidé que l'Initiative nationale pour le développement humain soit adossée à des ressources pérennes et d'un niveau substantiel, inscrites au budget général de l'Etat.
A cet égard, il importe de mettre fin aux palliatifs et aux demi-mesures qui sont aussi stériles qu'éphémères. En outre, le financement de l'Initiative doit être déployé selon un mécanisme financier spécifique apte à garantir, outre la viabilité des ressources, un assouplissement efficient des procédures de mise en œuvre.
Nous voulons insister, à cet égard, qu'il ne sera fait recours à aucun nouvel impôt ou charge fiscale, ni pour le citoyen ni pour l'entreprise.
La mise en œuvre de l'Initiative nationale pour le développement humain devra, par ailleurs, être l'occasion pour faire émerger, dans notre pays, une véritable ingénierie sociale, à travers l'innovation dans les types d'intervention, économes en moyens et à impact maximal, étayés par des ressources humaines qualifiées et par des mécanismes d'observation vigilante et objective des phénomènes de pauvreté et d'exclusion.
Cher peuple.
L'Initiative nationale pour le développement humain n'est ni un projet ponctuel, ni un programme conjoncturel de circonstance. C'est un chantier de règne, ouvert en permanence.
Il ne s'agit pas non plus d'un changement de cap ou d'une remise en cause de l'échelle des priorités. Il s'agit plutôt d'une réaffirmation tangible de notre engagement, car Nous ne cessons, à toute occasion, de réaffirmer la priorité et la permanence des combats que nous menons dans les domaines de la mise à niveau du capital humain, du renforcement de la compétitivité de l'économie nationale, de la promotion de l'investissement, de l'initiative privée et de l'exportation, dans le cadre des diverses politiques sectorielles.
A cet égard, Nous soulignons une fois de plus, le rôle déterminant de la mise en oeuvre optimale de la réforme du système d'éducation et de formation en tant que levier capital de mobilité et d'intégration sociales, ainsi que le besoin pour notre pays de disposer d'une stratégie d'action maîtrisée à long terme par un développement rural effectif et une exploitation judicieuse et optimale de nos ressources agricoles.
Tenant fermement au devoir de solidarité à l'égard du monde rural pour pouvoir faire face aux situations pressantes consécutives à une année agricole difficile, Nous réaffirmons la nécessité pour le gouvernement de prendre les mesures d'urgence qui s'imposent pour surmonter la conjoncture actuelle.
Cher peuple.
Telle est la voie qui fera que le Maroc demeurera une nation vivante et un pays en marche. Tel est le projet, noble, autour duquel Nous appelons, au-delà des clivages et des calculs étriqués et dans un esprit de sacrifice et d'abnégation, à l'adhésion et à la mobilisation de tous.
Imprégné de la culture de l'évaluation et de la nécessité pour tous les acteurs d'être comptables de leurs actes dans l'exercice de leurs fonctions, culture que Nous entendons voir ancrée dans la gestion de la chose publique, Nous nous donnons rendez-vous dans les trois années qui viennent pour faire l'évaluation des résultats de cette nouvelle Initiative et mesurer les changements positifs et palpables qui en auront découlé dans la vie des citoyens.
Nous nous devons tous de prendre le ferme engagement d'œuvrer sans relâche en vue d'arracher les catégories et les régions défavorisées à l'emprise de la pauvreté, de l'exclusion et du sous-développement, de leur permettre de prendre en charge leur propre essor, et de réaliser le développement humain durable, qui constitue le véritable combat du Maroc d'aujourd'hui et de demain.
+Dis : Agissez, Dieu verra votre action, ainsi que Son envoyé et les croyants+. Véridique est la parole de Dieu.
Wassalamou Alaïkoum Warahmatullahi Wabarakatuh".
Djibouti : «Initiative Nationale pour le Développement social
(Prononcé le 9 janvier 2007 et publié le lendemain au journal gouvernemental La Nation)
Un projet de société démocratique et moderne
Le présent numéro de votre journal est largement dominé par le Conseil des Ministres de mardi et par l’Initiative Nationale pour le Développement social (INSD) lancée par le Président au cours de cette première séance de l’année 2007. Cette iniative destinée à réduire la fracture sociale, à combattre l’exclusion et à faire reculer la pauvreté illustre la volonté du chef de l’Etat de créer une société djiboutienne plus solidaire. Cette iniative part du constat qui indique que de larges franges de la population djiboutienne et des zones entières du territoire national vivent dans des conditions difficiles et parfois dans une situation de pauvreté et de marginalisation. Nous publions ci-après l’intégralité de la déclaration dans laquelle le chef de l’Etat présente ce qui constituera son principal chantier social au cours des trois prochaines années.
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" Louange à Dieu, le clément et le miséricordieux, Que la prière et la Bénédiction soient sur le Prophète, Sa famille et ses compagnons ".
Monsieur le Premier Ministre ,Mesdames et Messieurs les Ministres, En cette première séance du Conseil des Ministres de l'année 2007, il m'est agréable de vous adresser mes vœux de bonheur, de paix et de réussite à vous, à vos familles et à vos proches |
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Que le Tout -puissant accepte nos prières qui vont vers celles et ceux qui ont perdu leur vie et notre compassion vers celles et ceux qui ont perdu leurs proches et leurs biens et ont besoin de notre aide et de notre solidarité agissante.
Si nous sommes tous conscients que dans la vie, l'homme propose et que Dieu dispose, je voudrais ajouter que son heure est toujours la meilleure car Lui seul a le pouvoir de changer les temps et les circonstances, Lui le détenteur de la Perfection.
Convaincu de cela, je consacre toutes mes forces pour insuffler à la Nation Djiboutienne que j'ai la lourde charge de diriger, l'ambition d'emprunter avec détermination la voie d'une nouvelle gestion au service du projet de société démocratique et moderne afin de mettre en œuvre les changements politiques, économiques et sociaux qui répondent aux attentes du peuple djiboutien.
Avec votre permission, je rappelle que le projet de société que j'ai proposé à mes compatriotes a pour fondement ce que la Nation Djiboutienne possède de plus sacré comme constantes en termes de valeurs, en l'occurrence notre Sainte Religion L'islam, les institutions Républicaines et l'Indépendance offerte par notre intégrité territoriale.
Cette indépendance, obtenue de haute lutte, ne porte pas seulement sur la possibilité de vivre dans une société qui garantit à ses membres une intégrité physique enveloppée de la dignité humaine mais elle leur permet aussi de partager les valeurs de tolérance, de justice et de solidarité.
Elle permet aussi d'être ouvert à la civilisation de ce millénaire en confortant les liens sociaux sur la pratique des libertés, de la démocratie et du respect des droits humains.
Ce projet est étroitement lié à l'authenticité Djiboutienne, aux composantes de notre culture et à notre identité. Ces éléments essentiels de la personnalité djiboutienne constituent les fondements de la définition de notre projet de société démocratique et moderne.
En effet, nous poursuivons un projet de société qui met le citoyen djiboutien, sa dignité et sa prospérité au cœur des préoccupations et des politiques afin qu'il confère ses droits à la citoyenneté, bannisse toutes formes d'exclusion, nourrisse l'espoir, mobilise les énergies et mette fin à l'attentisme et au désespoir.
La République de Djibouti, en tant que Nation Arabe, Islamique et Africaine incarne les valeurs de tolérance, de solidarité et de dialogue entre les peuples et, aussi, consacre les préceptes religieux comme fondements à ses engagements pour la compréhension et le respect entre les religions. Cette volonté renforce notre détermination à œuvrer pour le rapprochement fraternelle et l'entraide entre les Nations afin de promouvoir une prospérité et un développement des peuples frères.
Pour cela, notre préoccupation et notre pensée sont du côté du peuple frère somalien. Notre position est que le peuple somalien accède à une vie meilleure par la voie de l'instauration d'une paix juste, durable et globale. Le respect de l'intégrité des terres somaliennes et la voie pacifique sont les meilleures armes pour établir un Etat indépendant. Nos efforts s'inscrivent dans cette optique.
Aussi, au niveau régional, notre vision politique est de consolider les relations de coopération et de solidarité entre les peuples afin de faire face ensemble aux défis de la conjoncture économique, politique et de la mondialisation. De ce fait, la République de Djibouti entend redynamiser l'Union des pays de l'IGAD sur des bases saines et, le respect de l'unité territoriale des pays membres.
Monsieur le Premier Ministre, Mesdames, Messieurs
Comme vous le savez, depuis que j'assume la fonction suprême de la conduite de la nation, j'ai toujours porté une attention particulière aux préoccupations de notre peuple dont le but est de répondre économiquement et sociologiquement à ses besoins quotidiens et à ses aspirations pour l'avenir.
Pour cela, permettez-moi de soulever la problématique sociale qui fait défi à la concrétisation de notre projet de société et de développement. En effet, les services sociaux de base ne répondent pas suffisamment aux besoins croissants de la population. De ce fait, une frange de cette population exclue du processus de développement enregistre à charge toutes les conséquences néfastes du chômage, de l'exclusion et de la misère. Cette problématique interpelle la nation dans son ensemble. Par conséquent, j'ai décidé, avec l'aide de Dieu, d'orienter nos efforts vers une nouvelle initiative qui se veut novatrice et ambitieuse, à savoir " Initiative Nationale pour le Développement Social".
Cette initiative s'inscrit dans la vision d'ensemble qui constitue la matrice de notre projet sociétal, bâti sur les principes de démocratie politique, d'efficacité économique, de cohésion sociale et de travail, mais aussi la possibilité de donner à chacun le moyen de s'épanouir en déployant pleinement ses potentialités et ses aptitudes.
C'est dans cette vision équilibrée et portée vers l'avenir que s'inscrivent les reformes fondamentales et les projets structurants que j'ai engagés et qui aujourd'hui ont permis la consolidation de l'Etat de droit, l'élargissement de l'espace des libertés, la promotion des droits de la femme, de l'enfance et des catégories sociales démunies et fragiles.
Des étapes importantes dans le processus de construction d'une économie moderne et performante ont été franchies à travers les différentes politiques économiques sectorielles menées et les programmes de développement régional.
Mesdames et Messieurs,
L'initiative que nous lançons aujourd'hui est une autre pierre qui vient conforter notre édifice social. Elle part ainsi de quatre repères principaux qui constituent son fondement et sa philosophie.
D'abord, elle part d'un constat qui indique que de larges franges de la population djiboutienne et des zones entières du territoire national vivent dans des conditions difficiles et parfois dans une situation de pauvreté et de marginalisation. Ce constat de désarroi est incompatible avec les conditions d'une vie digne et décente que nous souhaitons à nos citoyens.
Une telle situation est, certes, inacceptable. Mais, se contenter d'en établir le diagnostic n'est guère suffisant et n'a réellement d'utilité que s'il se conjugue à une action sérieuse et porteuse d'améliorations concrètes. De même, toute exploitation politique ou abusive de ce désarroi afin de susciter un sentiment de désespoir dans la société djiboutienne est moralement inacceptable.
Ensuite, notre initiative repose en second lieu sur notre conviction de l'échec des actions de court terme menées pour apporter une solution à cette difficulté sociale.
Pour cela, l'initiative conduit à envisager des mesures sociales qui s'inscriront dans la durée et, de ce fait, suivront par le mécanisme d'adaptation l'évolution de la société vers une transformation sociale des structures adéquates.
Bien évidemment, cette stratégie sociale ne peut se concrétiser que par le biais de politiques publiques intégrées, s'inscrivant dans le cadre d'une entreprise cohérente, d'un projet global où les dimensions politiques, sociales, économiques, éducatives, culturelles et écologiques se conjuguent et se complètent. Ce processus doit non seulement impliquer tous nos citoyens mais les valeurs et les bienfaits louables attendus doivent être imprégnés par tous les Djiboutiens et Djiboutiennes.
Aussi, en veillant à la concrétisation de ce projet, notre souhait est d'élargir les espaces d'opportunités et de choix qui s'offrent à l'homme et à la femme djiboutienne.
Mesdames, Messieurs,
La répartition inégale de la croissance économique qui bénéficie à une catégorie de la population et en laisse une autre dans une situation de misère sociale, nous conduit à travers notre projet à concentrer tous nos efforts afin de réduire ce fossé croissant et d'éviter ainsi le syndrome du glissement pour les plus démunis. Certes, cette croissance économique est insuffisante mais, celle -ci, ne doit pas nous inciter à amoindrir notre motivation et notre détermination à combattre ce fléau social. Pour cela, notre projet ne doit pas être une vision simpliste et un fardeau sur la croissance. Il doit être une ambition et une réalité à mener dans le temps.
Le troisième point de repère de l'initiative porte sur notre ouverture au monde extérieur. Cette participation au processus de mondialisation repose sur notre volonté d'évoluer avec un monde changeant malgré l'imposition du schéma de pensée et le mode de vie sociale et de consommation très différents de nos valeurs. Cette perception de la réalité nous offre des perspectives à venir et, pour cela, tous les Djiboutiens sont conviés à y prendre part dans une démarche collective et dans un souci d'intérêt général.
Enfin, le quatrième point de l'initiative part du constat des modèles sociaux entrepris dans les autres pays qui imposent non seulement la rigueur dans les objectifs à réaliser mais l'assiduité continue et acharnée dans la lutte contre la pauvreté et l'exclusion. Cette stratégie doit reposer sur une approche de développement global.
Mesdames, Messieurs,
Partant de ce constat, nous lançons aujourd'hui notre Projet qui se décline sous le signe de la citoyenneté réelle et agissante. Elle procède d'une démarche résolument novatrice et d'une méthodologie d'action qui allie ambition, réalisme et efficacité. Aussi, ce projet se traduit par des programmes pratiques, bien définis et intégrés.
Trois axes sont ainsi définis dans cette initiative :
- d'abord promouvoir l'accessibilité aux servies sociaux de base par le renforcement des politiques sociales en matière d'éducation, de santé, d'énergie et de logement. De même, il y a lieu de favoriser le développement des infrastructures routières, culturelles et sportives ;
- ensuite, restructurer l'appareil productif national afin de créer l'emploi nécessaire et suffisant pour éradiquer la pauvreté et réduire le chômage, notamment des jeunes. Pour cela, la prise en compte du secteur informel dans le débat national sur l'emploi doit relever d'une initiative non seulement gouvernementale mais aussi des différents acteurs de la politique de l'emploi;
- enfin, apporter une assistance aux personnes en grandes vulnérabilités, ou aux besoins spécifiques pour leur permettre de subvenir à leurs besoins quotidiens et de sortir de l'isolement en s'intégrant dignement dans la société.
Mesdames, Messieurs,
Pour réaliser ce projet, le gouvernement doit contourner les difficultés d'insuffisances de moyens matériels et financiers. De ce fait, des critères objectifs d'urgence accompagnent ce projet pour déterminer les bénéficiaires à titre prioritaire.
Ainsi, le premier objectif de la première étape du projet consiste à améliorer le niveau social des localités les plus pauvres du monde rural, des quartiers pauvres en milieux urbains et périurbains où sévissent les manifestations les plus alarmantes de l'exclusion sociale, du chômage, de la délinquance et de la misère.
Ensuite, le projet doit progressivement permettre la création et le renforcement des structures d'accueil existant tant en qualité qu'en capacité pour venir en aide aux personnes en situation de détresse sociale, tels les enfants abandonnés, les femmes démunies, sans soutien et sans abri, les vieillards et les orphelins livrés à eux -mêmes.
Certes nos moyens matériels et financiers sont limités mais la résignation n'est pas notre devise. Notre foi inébranlable en notre génie national, notre potentiel de créativité sont nos véritables atouts pour parvenir aux objectifs que nous avons fixés à cette initiative vitale.
Afin d'assurer constance et efficacité dans la mise en œuvre de cette Initiative et de concilier d'une part, la contrainte inhérente à la durée limitée de chaque mandat parlementaire ou gouvernemental et, d'autre part, la nécessité de pérenniser cette initiative de portée nationale, nous avons fixé un échéancier pour sa mise en œuvre en l'échelonnant sur le court, moyen et long terme.
Sur le court terme, je demande à Monsieur le Premier ministre de veiller à ce que le gouvernement s'attelle à donner corps à cette nouvelle initiative, dans sa première phase sous forme de programmes et de projets intégrés tangibles sur le terrain. Il lui appartient de soumettre à notre haute appréciation, dans un délai de trois mois, un plan d'action complet répondant aux objectifs de l'initiative.
Sur le moyen terme, il incombe à la classe politique d'intégrer la dimension de cette initiative dans la perspective des échéances partisanes et électorales à l'horizon 2008. Le but est de concrétiser cette initiative, eu égard à ses objectifs de développement qui sont au centre des préoccupations quotidiennes du peuple et constituant ainsi la pierre angulaire pour la réhabilitation de l'action politique.
Sur le long terme, ma grande ambition qui est aussi celle de nos concitoyens est de hisser les indices de développement humain de notre chère patrie à un niveau comparable à celui des pays comme le nôtre.
Soulignant le caractère national et global de cette initiative, je donne mes instructions au Premier ministre pour qu'il la soumette au Parlement dans le cadre d'une séance spéciale afin qu'elle recueille tout l'appui qu'elle requiert.
De manière générale, nous appelons le gouvernement à adopter une démarche d'écoute et de concertations avec toutes les forces vives de la nation, en l'occurrence les partis politiques, les syndicats, les collectivités locales, les organisations de la société civile et le secteur privé, mais aussi les citoyens avisés ayant à cœur de s'impliquer dans l'action du développement.
Nous l'appelons aussi à adopter un plan d'action fondé sur les principes de bonne gouvernance, à savoir la responsabilité, la transparence, les règles de professionnalisme, la large participation des citoyens, l'intégration et la rationalisation des établissements et organismes publics, ainsi que le suivi et l'évaluation permanente des réalisations.
Sur le plan du financement, nous avons décidé que l'initiative nationale pour le développement social soit adossée à des ressources pérennes et substantielles inscrites au budget général de l'Etat.
A cet égard, il importe de mettre fin aux palliatifs et aux demi-mesures qui sont aussi inefficaces qu'éphémères. Le financement de l'initiative doit être effectué selon un mécanisme financier spécifique apte à garantir la viabilité des ressources et un assouplissement efficient des procédures de mise en œuvre.
Nous voulons insister qu'à cet égard, le financement ne fera l'objet d'aucune augmentation d'impôt ou charge fiscale, ni pour le citoyen ni pour l'entreprise.
L'initiative nationale pour le Développement Social devra conduire à la promotion d'une véritable ingénierie sociale nécessaire soutenue par des ressources humaines qualifiées et par des mécanismes d'observation vigilante et objective des phénomènes de pauvreté et d'exclusion.
Monsieur le Premier ministre, Mesdames et Messieurs les ministres,
L'initiative Nationale pour le Développement Social n'est ni un projet ponctuel, ni un programme conjoncturel de circonstance. C'est un chantier de mandature, ouvert en permanence.
Il ne s'agit pas non plus d'un changement de cap ou d'une remise en cause de l'échelle des priorités. Il s'agit plutôt d'une réaffirmation tangible de notre engagement par rapport aux discours et diverses politiques sectorielles dans le domaine de la valorisation du capital humain, du renforcement de la compétitivité de l'économie nationale, de la promotion de l'investissement, du secteur privé et de l'exportation.
A cet égard, nous soulignons une fois de plus, le rôle déterminant de la mise en œuvre optimale de la réforme du système d'éducation et de formation en tant que levier capital de mobilité et d'intégration sociale. Aussi, il est important d'exprimer le besoin pour notre pays de disposer d'une stratégie d'action maîtrisée à long terme en encourageant le développement rural effectif et une exploitation judicieuse et optimale de nos ressources agricoles.
Tenant fermement au devoir de solidarité à l'égard du monde rural pour pouvoir faire face aux situations pressantes consécutives à des années de sécheresse, nous réaffirmons la nécessité pour le gouvernement de prendre les mesures d'urgence qui s'imposent pour surmonter la conjoncture actuelle.
Mesdames, Messieurs
Telle est la voie qui fera de la République de Djibouti une nation vivante et un pays en marche. Tel est le projet noble autour duquel Nous appelons, au-delà des clivages et des calculs étriqués, à l'adhésion et à la mobilisation de tous.
Imprégné de la culture d'évaluation et de la nécessité de tous les acteurs d'être comptables de leurs actes dans l'exercice de leur fonction, culture que Nous souhaitons ancrer dans la gestion de la chose publique, nous nous donnons rendez-vous dans les trois années à venir pour faire le bilan de cette nouvelle initiative et, ainsi, mesurer les changements palpables et positifs au niveau de la société djiboutienne.
Nous nous devons tous de prendre l'engagement ferme d'œuvrer sans relâche en vue d'arracher les catégories et les régions défavorisées à l'emprise de la pauvreté, de l'exclusion et du sous-développement afin de réaliser le développement humain durable qui constitue le véritable combat de la République de Djibouti d'aujourd'hui et de demain.
Je vous remercie de votre attention.
Ismaïl Omar Guelleh (Président de la République) »
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