Tous azimuts, la répression frappe tous azimuts. Elle frappe les partis d’opposition, la presse libre, les défenseurs des droits de l’Homme mais aussi les syndicats libres. Le syndicat des enseignants du second degré, SYNESED, l’un des premiers à naître au début des années 1990, et qui refuse de rendre l’âme comme le souhaite le pouvoir, est à nouveau visé. Son Secrétaire général, le courageux professeur Farah Abdillahi Miguil, a été arrêté jeudi 3 mai 2007 sur son lieu de travail par des agents du Service de documentation et de sécurité (SDS), la police politique. Il a été détenu et interrogé dans les locaux du SDS une heure durant. Motif : avoir osé envoyer une lettre d’invitation à une délégation de l’Internationale de l’Education (IE) désireuse de venir en mission de contact dans notre pays pour lui permettre d’obtenir le visa auprès de l’ambassade de Djibouti à Bruxelles. Lire ci-après l’édifiant communiqué du SYNESED sur cette énième répression du pouvoir en place contre lui et son Secrétaire général :
COMMUNIQUE DU SYNESED
Voila dix ans, en février 1997, une forte répression s’abattait sur les syndicalistes du pays et les enseignants en particulier. Cette répression multiforme (emprisonnement, intimidation physique, « clonage » des syndicats ….) s’était soldée par le licenciement de la quasi-totalité des leaders syndicaux. Par ces actions radicales, le Pouvoir entendait envoyer un signal fort à tout travailleur tenté par une responsabilité syndicale quelconque. Parallèlement toute réunion de masse d’enseignants était perçue comme un danger potentiel qu’il fallait prévenir et décourager par tous les moyens.
Devant une telle diabolisation des syndicats les Assemblées générales n’ont jamais pu se tenir. Les enseignants se sont alors résolus à défendre le minimum par des actions sauvages sans jamais désigner de représentants officiels, ni même de délégués pour des négociations éventuelles, pressenties d’avance et par expérience comme étant stériles et destinées à repérer les « têtes » à sacrifier.
Cette stratégie aux conséquences désastreuses pour les élèves a aussi été déstabilisante pour le Pouvoir qui a fini par la décrier sans jamais accepter d’agir à la source du problème à savoir la réintégration des victimes du syndicalisme et le respect des libertés syndicales de base. Ceci explique ce long silence du SYNESED. C’est d’ailleurs durant cette période que le pouvoir a adopté de manière unilatérale des mesures antisociales dont la plus cruelle est l’adoption d’un code de travail faisant reculer gravement et officiellement les libertés syndicales et les acquis sociaux des travailleurs.
Dans ce contexte, l’Internationale de l’Education (I.E), à laquelle le Synesed est affilié, initie un projet de mission de contact à Djibouti. Une délégation composée de Madame Dominique MARLET (coordinatrice des droits humains et syndicaux à l’IE) et Madame Assibi NAPOE du Bureau de Lomé devrait se rendre dans notre pays du 06 au 11 mai 2007.
Les demandes de visa sont introduites auprès de la représentation djiboutienne à Bruxelles le 04 avril 2007. L’ambassade exige pour le besoin de la procédure de visa une invitation officielle émanant du syndicat hôte. Une lettre en ce sens est alors adressée à l’ambassade.
Le 4 mai, la délégation apprend que le visa est refusé. Et le jeudi 3 mai le Secrétaire général du Synesed, signataire de la lettre d’invitation, est appréhendé sur son lieu de travail par des agents de la (SDS), Service de la Documentation et de la Sécurité, une sorte de police politique, qui l’ont conduit à leurs bureaux. Il y sera interrogé, une heure durant, sur le syndicalisme, sur les autres syndicalistes et sur sa vie privée et familiale.
De toute évidence, cette interpellation est liée à cette lettre d’invitation pourtant si anodine. Ceci est révélateur de la frilosité de ce pouvoir, sur l’expression du syndicalisme libre et permet de mesurer la marge de manœuvre laissée aux activités syndicales dans ce pays.
Naturellement nous nous élevons contre ces réflexes liberticides des autorités de ce pays et condamnons avec force ces intimidations tout en refusant de renoncer à nos droits à l’expression et à la liberté d’organisation des travailleurs. Par conséquent nous demandons à toutes les organisations sœurs de condamner ces abus et ces pratiques d’un autre age.
Djibouti le 5 mai 2007
Le Secrétaire général
Farah Abdillahi Miguil