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La répression, la force facile, la fuite en avant, le régime de Ismaël Omar Guelleh fonctionne sur ce mode dans ses rapports avec celles et ceux qui diffèrent de lui, pensent différemment, s’opposent à sa politique du pire. C’est un trait qui distingue les dictatures. A défaut de pouvoir convaincre par le discours crédible et l’action publique, il recourt à la force facile. Il envoie ses sbires, arrête et détient arbitrairement. Il emprisonne sans motif qui vaille. Non content de s’approprier tous les moyens de l’Etat, il confisque les biens privés. Il bâillonne et piétine. Quand il n’organise pas l’élimination physique. Que des meurtres grossièrement habillés en suicides ! Que des Borrel assassinés pour avoir osé regarder de près ou dénoncer les affaires puantes du pouvoir.
Parce qu’il s’est levé voilà quinze ans et qu’il refuse de se coucher, le MRD est systématiquement visé par le tout répressif d’un régime incapable de bien faire. Son journal, le modeste Renouveau Djiboutien, voix libre de l’écrasante majorité des sans-voix, est régulièrement frappé. Injonction lui est régulièrement faite de se taire, de fermer les yeux sur les miasmes de la mal-gouvernance, de se ranger.
C’est ainsi qu’encore une fois deux responsables du MRD et membres de l’équipe du Renouveau Djiboutien sont arrêtés chez eux jeudi 3 mai 2007. Ils sont arrêtés de nuit, près de vingt-trois heures par la brigade policière des affaires spéciales et criminelles qui les place en garde à vue. Il s’agit de Hared Abdallah Barreh, responsable de la distribution du journal, et Houssein Ahmed Farah, collaborateur du Renouveau Djiboutien et cadre du parti, par ailleurs frère du directeur de publication du journal et président du MRD, Daher Ahmed Farah. Ils sont arrêtés sans mandat ni explication, ils passent la nuit de jeudi à vendredi en détention sans qu’on leur dise pourquoi, ils passent toute la journée de samedi dans l’ignorance du motif de leur arrestation. On les arrête en dehors des heures de service, on le fait de nuit, on viole leurs domiciles respectifs, sans la moindre signification de charges. C’est l’arbitraire pur et simple.
C’est, on le sait mieux maintenant, samedi au soir, vers vingt-et-une heures, que l’interrogatoire débute. L’officier de police qui les interroge leur apprend qu’ils ont été arrêtés suite à une plainte pour diffamation de l’Emirati Abdallah Hamiri, ami de Ismaël Omar Guelleh pour lequel il collecte la taxe intérieure sur la consommation (TIC) à l’entrée des marchandises au port de Djibouti. Il leur précise que la plainte porte sur l’article paru au Renouveau du 26 avril 2007 et intitulé : «L’axe IOG-Dubaï au cœur d’un scandale sexuel». Ils sont interrogés sur l’identité de l’auteur de cet article comme sur sa source, ce qu’ils ne savent pas, car ils ne sont ni les auteurs du papier ni la source. Ils font observer au policier qu’il se trompe de porte et qu’ils ne sont ni le rédacteur en chef ni le directeur de publication du journal. C’est alors, à vingt-deux heures, qu’arrive le chef de la brigade, le lieutenant-colonel Omar Hassan. Il convoque l’enquêteur dans son bureau et lui donne des instructions. Il n’est plus question de diffamation. L’officier de police judicaire revient l’annoncer à nos deux camarades. Ils doivent à présent répondre d’un motif différent : diffusion de fausses nouvelles. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’il n’y a pas de plainte de Abdallah Hamiri : c’était une pure invention que les policiers devaient invoquer pour justifier leur abus de pouvoir contre nos camarades. Et comme, dans l’intervalle, les stratèges judicaires du pouvoir ont imaginé un nouvelle infraction, il faut changer de langage à la brigade des affaires… spéciales. A partir de vingt-trois heures ce samedi 5 mai 2007, Houssein Ahmed et Hared Abdallah sont accusés de diffusion de fausses nouvelles sur…Abdallah Hamiri. Où, quand, comment ? Allez le savoir ! Le rôle de Hared se limite à distribuer le journal et Houssein n’a rien à voir avec l’article en question. Et puis, qu’y a-t-il de faux dans l’article au sujet de l’affaire évoquée ? Tout Djibouti n’est-il pas au courant des agissements de l’ami émirati de Ismaël Omar Guelleh ?
Le sieur Abdallah Hamiri règne sur la TIC au grand dam du service concerné, les Recettes indirectes, comme de l’opinion publique qui ne trouve aucun avantage dans cette «privatisation» de la principale source de recettes pour l’Etat. L’homme est accusé de verser de l’argent public sur un compte personnel, de ne pas payer leur prime aux agents de vérification, de mener un grand train de vie, de mépriser et de malmener les employés locaux. Autant dire un personnage controversé, qui n’inspire confiance qu’à Ismaël Omar Guelleh et à son homme de paille Abdourahman Mohamed Mahamoud Boreh qui les aurait présentés l’un à l’autre.
La dernière affaire en date impliquant Abdallah Hamiri, car le Renouveau a déjà écrit sur les agissements du personnage sans que le pouvoir ne trouve rien à redire, porte sur ce qui est dénoncé sur la place publique comme un abus sexuel de l’ami de Ismaël Omar Guelleh sur un membre féminin de son personnel djiboutien. Le cas alimente les conversations dans les rues de Djibouti comme dans les mabrazes. L’affaire est connue du plus grand nombre. Elle indigne les gens. L’intéressé sait ce qu’il a fait et n’a pas porté plainte.
Mais le pouvoir n’a en cure. Il lui faut encore frapper le Renouveau et le MRD. Puisqu’ils refusent de se taire et de passer à table, pas de répit dans la répression. Pas de répit ! C’est le nouveau procureur de la République, le jeune magistrat Maki, qui se fait l’instrument de l’arbitraire anti-MRD. Il affirme, encore une fois, s’être autosaisi au sujet d’un article du Renouveau. Il s’autosaisit pour charger la modeste publication mais ne sait comment formuler sa charge. Non qu’il soit incompétent, il a suffisamment étudié le droit à la faculté de Reims en France, mais tout simplement parce qu’il est malaisé de qualifier un délit qui n’existe pas. C’est un exercice difficile que d’habiller du mensonge en vérité. Résultat : on arrête les gens sans leur dire pourquoi, on les garde en vue dans des conditions difficiles sans leur expliquer pour quel motif ; puis, le délai légal de la détention courant, on tente une accusation. Comme elle est trop grosse pour passer, on l’abandonne pour une autre, non moins grosse d’ailleurs, et ainsi de suite. Et, tout au long, on se couvre de ridicule ! Mais, on le sait, le ridicule n’étouffe pas les serviteurs de Ismaël Omar Guelleh, au contraire.
Auto-saisine au sujet de rien, voilà la nouvelle trouvaille. Paré dans ses habits neufs de procureur, le jeune Maki a apparemment juré devant qui l’on devine d’innover en matière d’arbitraire anti-démocrates, d’inventer de nouvelles manières de sévir contre les citoyens coupables de vouloir rester libres. Alors, il se sent diffamé à la place d’autrui. Il est question de Djama Mahamoud Haid et c’est Maki qui réagit. On parle de Abdallah Hamiri et c’est encore Maki qui s’indigne. Féconde imagination !
C’est qu’il faut à ce juriste, qui nous a tout de même habitués à plus de dignité comme magistrat assis (qui juge les affaires alors que le procureur représente le ministère public et requiert), gagner ses galons d’anti-démocrate, de zélé bras répressif, condition d’intégration dans le microcosme dictatorial. On n’accède pas à la proximité du roitelet sans se salir les mains ! C’est la règle du jeu, une règle d’autant plus exigeante qu’il succède à l’un des meilleurs élèves de Ismaël Omar Guelleh, le procureur Djama Souleiman. Lequel s’est forgé une réputation de fidèle d’entre les fidèles à IOG en quelques années. Son zèle l’a propulsé hors des frontières nationales, l’a fait connaître jusque du lointain Occident. Son nom est sur plus d’un document judiciaire là-bas. Il est connu par plus d’un juge. Djama Souleiman est recherché par la justice française pour subornation de témoins dans l’affaire Borrel. Il fait l’objet d’un mandat d’arrêt international. C’est un record difficile à battre, et dont l’intéressé n’est pas forcément fier aujourd’hui…C’est dire si Maki doit redoubler d’efforts pour espérer marcher sur les traces de son fulgurant prédécesseur. Se mettrait-il à nous poursuivre pour sourire au passage d’un ponte, ou, mieux encore, pour images mentales subversives, que nous ne serions surpris ! Il est condamné à être créatif à notre encontre pour faire carrière dans la courette d’IOG. Ce n’est pas une situation enviable.
Pour revenir au déroulement de la répression orchestrée contre nos deux camarades, précisons que le procureur Maki s’est fait présenter les deux camarades dimanche enfin de matinée. Il les a interrogés, non sans verser dans l’arrogance facile, et a décidé de leur sort. Il en a relâché l’un, Hared Abdallah Barreh, et envoyé l’autre, Houssein Ahmed Farah, en dépôt à la sinistre prison de Gabode. Il a puni les deux hommes de n’avoir rien fait. Il a puni Houssein Ahmed Farah de n’avoir ni écrit ni signé l’article incriminé, ni même d’en avoir été la source. Il l’a puni même s’il avait été désavoué en mars dernier par le juge de première instance dans une autre affaire où il s’était autosaisi en faveur de Djama Mahamoud Haid à l‘encontre du même Houssein Ahmed Farah. Houssein avait été purement et simplement acquitté tant le dossier était vide. Qu’à cela ne tienne, Maki remet ça. On ne change pas une méthode qui gagne. N’est-ce pas Ismaël Omar Guelleh ? Bien parti le jeune Maki, non ? On risque gros là ? Eh bien, on va s’arrêter pour ne pas être accusé de non-applaudissements à procureur en posture anti-liberté de presse. Prions quand même pour lui. Puisse son esprit se réveiller avant qu’il ne soit trop tard. Car ce serait dommage de perdre encore un cadre dans le Triangle de Bermudes de Ismaël Omar Guelleh.
Au moment où nous écrivons ces lignes, Houssein Ahmed Farah croupit donc à Gabode. Il croupit à la cellule dite de dépôt. Elle est surpeuplée de délinquants de droit commun, sale à souhait, chaude au possible. On boit, mange, dort, se réveille, fait ses besoins, se lave quand c’est possible, sur le même espace de quelques dizaines de mètres carrés. On y croupit à cinquante, soixante, parfois jusqu’à cent. On n’en sort que deux heures par jour, de quinze à dix-sept heures, quand cela plaît aux gardiens et à la direction du pénitencier. On doit être « bien» pour voir ses visiteurs et recevoir ce que ses proches apportent. Aussi Houssein Ahmed Farah n’a-t-il pas droit à la visite. Même sa famille s’est vu dénier le droit de le rencontrer. Il lui faut un permis de visite que doit lui délivrer le procureur Maki. Or, le magistrat se fait inaccessible. Un policier barre le chemin de son bureau aux proches de notre camarade.
C’est clair, il s’agit de briser Houssein. A défaut d’atteindre DAF, on s’acharne sur les camarades, surtout sur le frère. La mission à Maki confiée est-elle d’obtenir la réédition des derniers résistants actifs avant le 27 juin 2007, jour du trentième anniversaire de l’Indépendance confisquée ? IOG n’aura pas ce cadeau.
Nous ne pouvons que condamner ces agissements. Nous ne pouvons qu’exiger la libération immédiate et sans condition de Houssein Ahmed Farah. Nous ne pouvons qu’exiger la fin de l’arbitraire contre le Renouveau et le MRD. Et avec nous, tous les gens épris de liberté.
Lire ci-après les premières réactions de la communauté démocratique nationale et internationale. La lutte continue.
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