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Dans le monde moderne qui est le nôtre, la bonne marche des services de base et
la garantie des droits et libertés constituent pour l’essentiel l’aune à
laquelle se mesure la bonne gouvernance. L’alimentation en électricité et en
eau potable, la qualité de l’assainissement et de l’hygiène du milieu, la
qualité de l’éducation et de la santé, l’accès à l’emploi et au logement,
l’état des routes et des infrastructures de transports, le bon fonctionnement
de la justice, la sécurité des biens et des personnes, mais aussi la garantie
des droits et des libertés sont autant d’indicateurs qui permettent d’évaluer
la gouvernance d’un pays et de porter un jugement sur la qualité de ses
gouvernants.
Nous n’apprenons rien à personne si nous affirmons que, à cette aune, la
gouvernance à l’œuvre à Djibouti est l’une des plus mauvaises au monde.
Avec 80% de la population dans la pauvreté, de sérieuses et récurrentes
difficultés d’alimentation en eau et en électricité, une criante pénurie
d’emplois et de logements décents, une santé défaillante et une éducation sans
cesse déclinante, avec des eaux usées et pluviales rarement évacuées et une très
faible hygiène du milieu, une justice et une sécurité orientées non vers la
protection mais vers la réduction au silence du peuple, avec un réseau routier
limité et non toujours en bon état, des équipements portuaires confiés à grands
frais à l’expertise étrangère, le tout dans un autoritarisme de type
dictatorial, il est difficile de trouver de bons points à la gouvernance du
président Guelleh.
Aujourd’hui, c’est sur le problème de l’énergie électrique que nous revenons.
Nous y revenons parce que ce problème revient sans cesse. Il est là, récurent,
depuis au moins la seconde moitié des années 1990. Déjà, en 1999, son règlement
figurait en bonne place dans la liste des promesses du «candidat» Guelleh à la
succession de Gouled. Promesse à l’évidence non tenue, comme en témoigne l’état
de l’offre d’énergie électrique qui est trop en deçà de la demande,
particulièrement dans la capitale, Djibouti-ville, où se concentre la majeure
partie de la population. Trop peu et…trop cher avec un prix au kilowattheure
qui ne cesse de grimper sans justification convaincante. Il s’ensuit que, à
l’heure où nous écrivons ces quelques lignes, l’écrasante majorité des
résidents de la capitale vivent au rythme des coupures d’électricité. Des
coupures non pas de courte durée mais qui perdurent des heures. Des coupures à
épuiser les plus solides et endurants. Des coupures à précipiter la fin des
plus fragiles. Des coupures à faire fuir les plus entreprenants des nationaux
et autres éventuels investisseurs étrangers. Bref, des coupures d’un autre âge,
qui redonnent du service à la bougie ou à la lampe à pétrole comme moyen
d’éclairage et à la belle étoile comme espace à coucher.
Bien entendu, les gouvernants, ceux-là même qui sont responsables de cette
pénurie, n’en sont pas affectés. Eux sont soit épargnés par les délestages
d’Electricité de Djibouti (EDD), comme l’atteste le cas des palais du chef de
l’Etat, soit équipés de puissants groupes électrogènes qui leur assurent la
continuité de l’alimentation en énergie électrique. Y compris le responsable
direct d’EDD, nous nommons l’inamovible directeur de l’établissement public,
Djama Ali Guelleh, un fonctionnaire en poste depuis 1986. Soit 23 ans ! Ce
qui fait de lui un recordman de sa catégorie dans le monde…
Des coupures de courant électrique encore et toujours donc. Une constante de la
gouvernance du président Guelleh. Qui peut-être s’en réjouit sans le dire.
A suivre.
Dans notre prochaine édition, nous allons revenir sur une autre pénurie, celle
de l’eau potable, particulièrement épouvante en cette période de canicule.
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