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QUELQUES Commentaires sur Le discours dU PRESIDENT OBAMA A Accra
Par Ahmed Ibrahim Abdallah,
Chef du Bureau du MRD en Amérique du Nord,
Ottawa, Canada
“…A maintes et maintes reprises, il a été démontré que la bonne gouvernance et
la société de droit sont le moteur du développement. Les sociétés qui font de
ceci la règle de base au service de leur peuple sont celles qui prospèrent…»,
ces paroles font partie du discours historique du président Barak Obama des
États-Unis d’Amérique, prononcé à Accra au Ghana le 11 Juillet 2009.
Le président des États-Unis a mis l’Afrique devant sa réalité. Comme fils du
continent, ayant un père Kenyan, il a dit aux Africains ce que seul un fils pourrait
leur dire droit dans les yeux. «… Le Kenya, pays origine de mon père avait, au
jour de son indépendance, un niveau de vie supérieur à celui de la Corée du Sud ; aujourd’hui,
c’est cette dernière qui, par son aide internationale, nourrit des citoyens
kenyans…». La vérité de cette déclaration est la pierre angulaire de la raison
première pour laquelle le président Obama a fait du Ghana le premier et seul
pays africain, juste 6 mois après son ascension à la présidence, qu’il visite
au grand dam des géants du continent comme le Nigeria ou le pays de ses
ancêtres paternels, le Kenya.
Par ailleurs, le président Obama a fustigé les Africains sur la base de
constats tous plus accablants les uns des autres. Il a mis en exergue une
société en échec sur presque tous les fronts. Il a soulevé bien sûr les
conséquences d’un passé douloureux mais aussi a ajouté dans le même souffle
qu’il est révolu le temps de pointer le doigt en arrière et vers les autres; il
faut se regarder soi-même dans le miroir, a-t-il conclu. Il a pris des exemples
tirés de la réalité africaine qui sont à la racine de la déliquescence et de la
misère criante vécue partout sur le continent sub-saharien. Il a commencé son
discours par souligner les bénéfices indiscutables de la bonne gouvernance et
du bon ordre. Dans une allusion directe à Ismaël Omar Guelleh de Djibouti ou de
Mamadou Tandja du Niger qui, à l’instar d’une bonne majorité de leurs pairs
africains, en affront à toutes les règles de la démocratie et en violation de
la lettre et de l’esprit de leurs constitutions, sont prêts à accaparer le
pouvoir à n’importe quel prix, il a souligné que seuls ceux qui travaillent
pour leur peuple, respectent leur opposition et honorent leurs anciens sont à
la tête des sociétés qui s’épanouissent et prospèrent. Il a répété à plusieurs
reprises que la séparation des pouvoirs, les limites des mandats, la justice
indépendante, la presse libre et des institutions de l’État solides forment le
cadre d’une société respectée et qui se respecte. Il n’a pas hésité à fustiger
les potentats africains qui s’accrochent au pouvoir indéfiniment et qui règnent
par la répression et la corruption. Il a dénoncé ceux qui s’enrichissent aux
dépens de leur peuple et qui vivent dans l’opulence et la richesse outrancière
et exagérée alors qu’une large partie de leurs concitoyens vivent dans la
misère.
Dans ce discours fleuve et historique, debout à côté du président
démocratiquement élu du Ghana ainsi que de son prédécesseur, Obama a mis un
exergue particulièrement le Kenya qui se sent snobé pour avoir fait comprendre
au monde, sans ombrage et dès le soir de son élection, que la destination
africaine et naturelle du président Obama serait le Kenya au point de faire le
geste presque cocasse d’augmenter la piste de l’aéroport Jomo Kenyata de
Nairobi afin qu’il puisse accueillir l’avion «Air Force One». A juste titre, il
a cité en mauvais exemple ce pays, né dans la prospérité mais qui aujourd’hui
se situe à la queue du peloton de développement mondial. Utilisant toujours le
Kenya dont sont père est originaire et dont il connaît très bien la société
comme exemple à ne pas imiter, Obama a indiqué que les potentiels économiques
et les ressources naturelles du continent sont abondants et qu’il n’y aucune
excuse pour que l’Afrique, vu ses potentiels, ne soit pas non seulement
autosuffisante en matière alimentaire et en énergie mais en plus devrait en
exporter pour gagner des devises fortes. Il a pris le cas des fermiers kenyans
qui abandonnent leurs champs, faute de moyens et d’institutions nationales qui
développent une véritable politique agraire et de marché. Il a mentionné le cas
du Zimbabwe, grenier a blé de l’Afrique avant et qui, aujourd’hui, gère une
famine généralisée. Il a mentionné aussi dans cette rubrique des échecs,
probablement se référant à une génération jeune et nouvelle de leaders
africains venus après celle des indépendances et qui avaient promu une nouvelle
Afrique où le système démocratique est la base d’une société de droit.
Malheureusement, a-t-il dit, ils ont tous systématiquement et misérablement
failli. Il a mis en garde la jeunesse actuelle d’Afrique et la société civile
contre ces erreurs. Il a encouragé ces derniers à assurer un avenir radieux et
différent en prenant repère sur les sociétés qui avancent et qui fonctionnent
bien dans la démocratie et la suprématie du droit, en prenant comme bon exemple
le Ghana où, a-t-il ajouté, trois de ses anciens présidents sont là
aujourd’hui, assis aux côtés de celui élu dans une élection âprement contestée
et où le vainqueur s’en est sorti par une très courte majorité. En outre, il a
salué au passage du haut de sa tribune la magnanimité de la majorité élue à
cette élection ghanéenne mais aussi la responsabilité d’une minorité large qui
a pourtant su accepter la défaite avec grâce. Cela, a-t-il insisté, est le
signe d'une société qui a bien su ancrer ses institutions démocratiques dans la
fabrique de sa société.
Président Obama bien sûr ne peut faire que le constat des lieux mais son
discours aura, c’est certain, un retentissement immense dans tous les coins et
toutes les contrées du continent. Certains dirigeants africains se sentiront
humiliés et snobés, le Kenya en premier, mais devraient néanmoins s’attendre à
cela sans grande surprise. Quand un président se fait inaugurer avant même que
les résultats officiels des élections ne soient divulgués et en catimini dans
la cuisine du palais présidentiel, quand un président se fait élire par la
haine tribale et la division ethnique, quand un président se fait élire par la
gestion de la misère et la corruption, quand un président se fait élire par la
répression policière, la terreur et par le bout du fusil, alors ce président ne
mérite pas le respect et l’estime d’un président des États-Unis d’Amérique tels
que Barack Obama. Et cela est vrai non seulement pour Mwai Kibaki du Kenya mais
aussi pour tous les dictateurs africains qui doivent et devront s’y attendre
puisqu’ils entrent dans la définition de l’échec que le président américain a
tant décrié.
Finalement, pour l’Afrique, il y a désormais Accra. Espérons que le
discours du président Barack Obama à Accra aidera au réveil des Africains pour
une nouvelle ère de prospérité et de démocratie.
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