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Abdourahman Ali Waberi, le
talentueux écrivain djiboutien, qui publie le 26 août prochain un nouveau roman
sous le titre peu banal de Passage des larmes chez Jean-Claude Lattès à Paris,
s’est exprimé sur la visite du président américain, Barack Obama, en Afrique. Voici
un article de lui tel que repris par Courrier International.
« Pour sa première visite en Afrique en tant que chef d'Etat, Barack Obama
s’est rendu, le 11 juillet, au Ghana, l'une des rares démocraties du continent.
Une décision très forte qui fera date, estime l’écrivain djiboutien Abdourahman
Waberi.
13.07.2009 | Abdourahman
A. Waberi | Frankfurter
Rundschau
En posant les pieds sur le tarmac de l’aéroport de Kokota, à Accra, la capitale
du Ghana exemplaire à plusieurs titres, pour son premier voyage sur le
continent de son père, le président Barack Obama n’ignorait pas le tsunami
affectif qu’il a provoqué en Afrique. Un petit signe qui ne trompe pas :
ces derniers temps, dans les rues africaines, les autocollants à l’effigie de
Ben Laden et les slogans rageurs à sa gloire ont pâli, vieilli et ont vite été
remplacés par ceux de Barack Obama, le fils prodigue du continent. Car, qu’il
le veuille ou non, le fringant président des Etats-Unis est considéré par des
millions d’Africains comme un de leurs, même si ces derniers savent aussi qu’il
jouit d’une extraordinaire cote de sympathie ailleurs dans le monde.
Et, comme à son habitude il a fait preuve d’originalité, de perspicacité
politique et de pédagogie. En choisissant de se rendre à Accra, il a donné
d’emblée une prime à la démocratie car les Ghanéens, avides de changement,
cités comme à la pointe du développement économique, ont élu un professeur de
droit de 64 ans, John Atta-Mills, à la présidence, instaurant pacifiquement la
deuxième transition démocratique sur le continent. C’est cette exception
politique qu’est venu saluer le président américain. Ce faisant, il veut
impulser un nouvel ordre politique sur le continent, encourageant les autres
nations africaines à s’engager dans la voie de la démocratie, du droit et de la
justice.
Autre période, autre tonalité. Avec sa manière fine et tonique, le président
Obama fait entrer, cette fois, le champ politique africain dans l’âge adulte,
en traçant une ligne droite dont les points de tension sont l’écoute attentive
et empathique, d’une part, et la responsabilisation ferme et sans appel d’autre
part. En rappelant l’évidence devant les parlementaires ghanéens, à savoir que
l’avenir de l’Afrique appartient aux Africains eux-mêmes et que l’Occident ne
peut pas être responsable de tout, il a mis les responsables politiques
africains au pied du mur. Ces derniers ne peuvent pas le taxer de
colonialiste ou de raciste comme ils savent si bien le faire lorsque leurs
intérêts les poussent dans la voie de la culpabilisation et du chantage. “Il est facile de montrer les autres du doigt, de
rejeter la faute sur les autres… Mais l’Occident n’est pas responsable de la
destruction de l’économie zimbabwéenne au cours de la dernière décennie ou des
guerres où on enrôle les enfants dans les rangs des combattants”,
a-il déclaré récemment. Merci pour votre franchise, Président !
Subtilement, cette visite trace aussi une ligne de démarcation. Si le gagnant
est le Ghana. Il y a au moins trois grands perdants sans mot dire de tous les
autocrates africains (tels Robert Mugabe et Mamadou Tandja) qui n’espèrent plus
grand-chose de Washington. Il y a d’abord le voisin nigérian, le pays le plus
peuplé et le plus turbulent du continent pas encore engagé dans la voie de la
démocratie. Il y a bien sûr le Kenya qui ne peut pas capitaliser seulement sur
les attaches affectives. Il y a le géant sud-africain. Là, l’administration
américaine semble jouer la montre et attendre ce que la présidence de Jacob
Zuma augura de bon ou de mauvais. Le discours de la méthode obamien ne manque
de poésie : “L’Afrique n’est pas la
caricature qu’on en fait d’un continent en guerre. Mais les conflits font
partie de la vie de trop d’Africains, avec la même constance que le soleil.”
Cette visite au Ghana a aussi des résonances historiques évidentes pour la
communauté africaine-américaine, d’où la visite à Cape Coast, haut lieu de
mémoire de la traite négrière, pour Barack Obama et Michelle, Malia et Sasha.
C’est un pèlerinage, un retour aux racines. Un rappel de l’histoire de
l’esclavage. Un lien fort entre l’Afrique et sa diaspora. Et ça, Barack Obama
ne pouvait pas l’oublier. Le Ghana n’est-il pas la terre du rêve panafricain de
Kwame Nkrumah ? La terre choyée par les entrepreneurs et les vedettes
noirs américains, la terre enfin où repose pour l’éternité W.E.B. Dubois, le
grand penseur de l’identité des Africains-Américains et de tous les autres fils
et filles de la diaspora noire. »
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